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« L’idéal, c’est quand les dirigeants font des choses pour le climat sans le savoir. Tout le monde s’y retrouve » – Isabelle Albertalli (Bpifrance)

par Jean-Paul Deniaud
18 mars 2026
Isabelle Albertalli, directrice Climat et programmatrice de l'événement Jour E chez Bpifrance

Isabelle Albertalli, directrice Climat et programmatrice de l'événement Jour E chez Bpifrance

À rebours d’un supposé désintérêt, 84 % des Français jugent l’action climatique urgente. Pour accélérer cette transition, Bpifrance réunit un millier de dirigeants ce 2 avril à Marseille. L’événement Jour E délaisse les discours incantatoires au profit d’un pragmatisme économique et festif.

« Backlash écologique » ? « L’écologie, ça suffit » ? À en croire certains titres de presse, l’enjeu environnemental serait passé de mode, s’effaçant derrière les crises et conflits en cours. Vraiment ? La dernière étude du Cevipof, forte de ses quelque 3 166 personnes sondées, indique au contraire que 84% des Français·es considèrent qu’il est « urgent ou important » de « se préoccuper du changement climatique ». Un chiffre en hausse d’un point sur un an. En outre, 50% des sondé·es – en hausse de trois points – indiquent qu’il faudra « modifier de manière importante tous nos modes de vie » pour « empêcher le changement climatique ».

L’enjeu serait donc moins la (plutôt bonne) connaissance des enjeux environnementaux, que l’image que l’on se fait de l’écologie ? C’est aussi ce qu’il ressort du travail de conseil et d’accompagnement à la transition que mène Bpifrance auprès des entreprises françaises. « Si l’on vient en parlant « vert », les portes ont tendance à se fermer », confirme à Pioche! Isabelle Albertalli, directrice Climat chez Bpifrance. « Aux dirigeant·es, on préfère leur parler réduction des gaspillages et économies d’énergie, c’est moins clivant et pourtant c’est 100% climat. Tout le monde y gagne. »

En 2023, lors d'une des conférences de l'événement Jour E ©Bpifrance
En 2023, lors d’une des conférences de l’événement Jour E ©Bpifrance

Alors pour celle qui est aussi programmatrice de Jour E, l’événement « transition » de Bpifrance, qui réunira un millier d’entrepreneur·ses ce 2 avril au Parc Chanot, à Marseille, pour faire bouger les entreprises, il faut du concret. « Les dirigeants ​​ne viennent pas pour des grandes idées incantatoires. À Jour E, on vient travailler en petit groupe sur un sujet, pour ressortir avec des bonnes idées à mettre en place le lundi suivant, avec de premiers contacts ou des inspirations d’autres participants », assure Isabelle Albertalli.

Sur place cette année, il s’agira donc « d’adopter une démarche d’écoconception pour anticiper les nouveautés réglementaires », de « transformer son foncier en levier de production d’énergies renouvelables », de « gérer efficacement l’eau dans son entreprise » ou de « travailler avec son territoire pour rendre son entreprise plus résiliente » aux aléas climatiques. En bref, les appels à la mobilisation par la « reconnexion au vivant » et aux « nouveaux imaginaires » sont derrière nous, l’heure est au passage à l’action… Et à la fête.

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Car sur la grande scène, outre les prises de parole de l’entrepreneuse Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go et de Poppins, ou du co-auteur du rapport du GIEC François Gemenne, une belle place est faite aux artistes engagé·es Petit Biscuit et Camélia Jordana, ou à l’humoriste Nicolas Meyrieux. Une programmation artistique – signée Pioche! – invite également les musiciens et collectifs festifs « low tech » marseillais Bass Tong, Circular OctoPulse, et le producteur électro French 79 pour un show final en forme d’apothéose.

« Cette année, Jour E est vraiment orienté autour de la célébration, de la fête écologique » prévient Isabelle Albertalli. Comme pour mieux prendre à contrepied les affres de l’actualité, et « énergiser » ces patrons qui tiennent la barre de la transition écologique, malgré de puissants vents contraires.

Tout le programme et les inscriptions pour Jour E, le 2 avril au Parc Chanot, à Marseille sont sur le site de l’événement. Table-ronde « L’événementiel culturel, un levier de transformation écologique », à 15h15, en partenariat avec Planet Planète.

À l’heure où certains médias et politiques parlent d’un « backlash » sur les questions écologiques, le constatez-vous du côté des engagements et des investissements des « petits patrons » de TPE et PME chez Bpifrance ?

Isabelle Albertalli : Ce que vous appelez les petits patrons, moi, je les trouve très grands, parce qu’ils sont au four, au moulin. À chaque fois qu’ils ont une envie, ils se battent pour la réaliser, et ils embarquent leurs équipes.

Ceux qui se sont déjà lancés dans la transition, notamment face à la crise de l’énergie de 2022, ou parce qu’ils y voyaient un intérêt sur de l’innovation, sur de la R&D ou pour attirer des talents, ils ne s’arrêtent pas du jour au lendemain. Ils ont une vision stratégique de long terme, quel que soit l’environnement politique ou médiatique.

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S’il existe des incitations financières ou si cela permet de gagner des marchés, forcément, cela donne plus envie. Mais ils ont des convictions, et ils les suivent. Ces dirigeants sont aussi des citoyens. Et ils ont un sens de la responsabilité, notamment de leur empreinte sur leur territoire, qu’ils connaissent très bien. Ils savent que lorsqu’ils impulsent quelque chose, l’impact est là.

Dans le contexte économique actuel contraint, constatez-vous davantage de réticences des petites et moyennes entreprises à embrayer sur des sujets de transition ?

Certains, évidemment, nous disent que les sujets de transition passent après leur survie. Mais ce que l’on voit aussi, c’est que les dirigeants parlent souvent de sujets écologiques sans le savoir. Lorsqu’ils parlent de réduction des coûts, et donc de performance opérationnelle, de réduction des gaspillages, de l’eau, de l’énergie, ce sont des sujets « climat ».-

Même chose concernant la réduction des risques sur leur entreprise. Qu’il s’agisse des risques climatiques, que l’on a à nouveau constaté avec les inondations, ou les épisodes de sécheresse, ou de la chaîne d’approvisionnement en général, de l’énergie, de matière, d’eau. Ce sont de fortes dépendances, et donc des risques énormes pour certains business. On ne parle pas de « vert », mais c’est bien de cela dont il s’agit.

« Il se trouve que ce business model est aussi excellent pour la planète »

Enfin, nous sommes convaincus qu’il existe de l’innovation économique à faire sur les sujets « vert ». C’est notamment le cas en passant à une économie de l’usage et de la fonctionnalité, c’est-à-dire en repensant son produit comme un service. Cela permet de réduire les coûts, d’augmenter sa marge, et si l’on est assez solide pour se demander comment se différencier et innover et se permettre la R&D nécessaire pour cette innovation économique, il se trouve que ce business model est aussi excellent pour la planète.

L’idéal, c’est quand les dirigeants font des choses pour le climat sans le savoir. Ce n’est pas politisé, pas clivant. Ce ne sont pas des considérations idéologiques, mais scientifiques et économiques. Et tout le monde s’y retrouve.

Ces questionnements sur ces modes de faire entrainent-ils aussi une réflexion sur « la qualité de vie au travail », via la responsabilité sociale des entreprises (RSE), le temps de travail ou la gouvernance ?

Je constate que ce n’est pas toujours corrélé. Ce qui est sûr, c’est que les dirigeants convaincus sur les enjeux de transition le sont aussi très souvent des enjeux sociaux, et ils essaient de le faire de concert. Si l’enjeu est pour eux purement économique, il n’y a pas forcément de corrélation.

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Bpifrance vend aux entreprises des diagnostics subventionnés, co-créés avec l’Ademe et l’Office français de la biodiversité (OFB), et des accompagnements pour les aider à faire cette transition. Avez-vous ressenti une baisse dans les demandes d’accompagnements ?

En effet, souvent les dirigeants nous disent ne pas avoir l’expertise, le temps ou le personnel pour coordonner le sujet. Nos diagnostics fonctionnent donc bien en première étape, pour faire de la performance opérationnelle, réduire les gaspillages. Entre 50 et 80 000 € d’économie récurrente annuelle sont à la clé pour le « Diag eco-Flux » par exemple, souvent par des éco-gestes. Et autant de trésorerie pour lancer la suite, réalisée en autonomie ou que l’on va accompagner.

« Il s’agit de célébrer et de capitaliser sur cet élan vital de l’entrepreneuriat pour continuer »

On a eu une très grosse demande au moment de la crise de l’énergie en 2022 puis en 2023. L’an dernier, il y a eu un petit arrêt pendant six mois en raison des négociations budgétaires. Cette année est un peu moins forte qu’avant, car des offres ont été créées par d’autres cabinets de conseil, par les Régions.

Et il y a aussi le traitement médiatique actuel d’une partie du sujet. Si l’on ne vient pas avec le bon argumentaire et que l’on parle seulement du « vert » alors qu’ils veulent entendre parler de sécurité de leurs approvisionnements et réduction de leurs consommations, il peut y avoir une dissonance dans les échanges.

Par rapport à d’autres salons professionnels, le programme de Jour E donne moins de place aux grands discours prescriptifs, et davantage aux enjeux concrets de transformation des entreprises, très tournés vers l’opérationnel.

Complètement. Mon idéal, c’est qu’un dirigeant reparte de Jour E avec une idée très concrète sur un sujet, et qu’il puisse le mettre en place le lundi suivant. Ce n’est pas le lieu pour que tel ou tel dirigeant raconte uniquement ce qu’il fait de génial, Jour E, c’est pour bosser.

On va parler énergie, matière, décarbonation, adaptation, biodiversité. On fait un entretien sur les risques de votre site spécifique et votre activité, pour ensuite aller voir quel dispositif vous convient, si vous avez besoin de financement, d’un contact ou d’une solution qui existe déjà.

Après l'édition 2025 à Lille (photo), Jour E sera cette année au Parc Chanot, à Marseille
Après l’édition 2025 à Lille (photo), Jour E sera cette année au Parc Chanot, à Marseille

C’est aussi un temps d’inspiration, pour se rebooster, ressortir plein d’énergie. C’est très en lien avec la façon de penser l’événementiel chez Bpifrance. L’objectif est de se retrouver, créer un collectif, emmagasiner de l’énergie et vibrer ensemble pour continuer. Nicolas Dufourcq parle très souvent de cet élan vital de l’entrepreneuriat. Il s’agit de le célébrer et de capitaliser sur cet élan pour continuer.

Est-ce pour cette raison que vous avez rejoint le projet Planet Parade ?

C’est pour ça qu’on a adoré le projet. Notre événementiel est beaucoup pensé sur cette cohésion, ce collectif et cette énergie positive. Parce que les entrepreneurs ont beaucoup sur leurs épaules, il faut qu’ils se rendent compte de tout ce qu’ils apportent, de la valeur qu’ils créent. Donc, on a envie de leur dire. Et franchement, ce ne sont pas les derniers à faire la fête.

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Ce sont parfois de petits événements, une rencontre avec un expert, une visite d’usine spécifique, ou juste un petit dej’. Mais on se retrouve. Nul besoin de choses très compliquées pour être content de se retrouver et ressortir avec de bonnes idées. Et de temps en temps, on fait une grosse fête. Tout le monde s’y rejoint, entrepreneurs mais aussi nos partenaires bancaires, institutionnels, les Régions…

Nous, on croit vraiment que le collectif, c’est un des vecteurs pour continuer à se bouger, et ne pas perdre l’énergie face à tous les obstacles qui se dressent sur la route. On ne peut pas être tout seuls, d’autant plus pour transformer localement, et dès lors que l’on veut embarquer. Sur ces sujets de transformation, il nous faut cette énergie, parce que c’est dur, que la cause est très grande, que le changement amène toujours de la résistance.

Tout le programme et les inscriptions pour Jour E, le 2 avril au Parc Chanot, à Marseille sont sur le site de l’événement. Table-ronde « L’événementiel culturel, un levier de transformation écologique », à 15h15, en partenariat avec Planet Planète.

Tags : ÉconomieÉvénementTransition écologique

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