Pas de résultat
Voir tous les résultats
Pioche!
Pas de résultat
Voir tous les résultats
Pioche!
Pas de résultat
Voir tous les résultats

Biennale LUX à Clermont-Ferrand, pour (ré)apprendre à « faire culture » dans un monde aux ressources finies

par Jean-Paul Deniaud
3 décembre 2025
Au Lux 2023 organisé par Le Damier à Clermont-Ferrand © HMWK

Au Lux 2023 organisé par Le Damier à Clermont-Ferrand © HMWK

Voilà un acquis. C’est dans tous les territoires que s’inventent les réponses aux crises de notre temps. Ainsi à Clermont-Ferrand, où Le Damier – et sa biennale LUX, ces 10 et 11 décembre au Polydome – fait bien plus que fédérer les industries culturelles et créatives (ICC) : il en redessine la boussole. Et face au défi de la transformation des métiers de la culture, le cluster auvergnat propose même une méthode : coopération et expérimentation.

Pioche! est partenaire de LUX 2025 et vous invite au salon. Indiquez le code de réduction INVITATIONLUX2025 au moment de votre accréditation.

Alors que le secteur culturel navigue entre injonctions contradictoires – urgence écologique et impératif de développement économique – Le Damier a choisi son camp : la cohérence. À ses missions historiques (fédérer, développer, promouvoir, innover), le pôle auvergnat de 75 adhérents des industries culturelles et créatives (ICC) a ajouté à ses missions historiques un cinquième verbe, impérieux : « transformer ».

Car c’est bien là un rendez-vous auquel nulle structure de la culture n’échappera : transformer les métiers pour faire face aux enjeux économiques, écologiques ou de santé au travail. Telle est la conclusion d’un travail de fond remarquable qu’a mené Le Damier via son cycle prospectif « Déjà Demain », anticipant l’impact des chocs actuels sur les métiers du secteur.

Alors pour ne pas subir, l’objectif désormais est de s’outiller. Nathalie Miel, directrice du Damier, précise avec une certaine malice la nature temporaire de ce nouvel axe stratégique : « Transformer est pour moi un axe éphémère, car il sera bientôt transversal à tout projet d’activités ». 

Une vision rafraîchissante qui s’incarne dans la biennale LUX, le salon qu’organise Le Damier ces 10 et 11 décembre à Clermont-Ferrand, entièrement dédié aux ICC et à leurs mutations. Un carrefour stratégique pour les 900 professionnels attendus, autour de six parcours (transformations, outils, entrepreneuriat, coopération et innovation, nouveaux métiers et organisation du travail, étudiant) et de dizaines d’ateliers, table rondes et conférences.

Pour Nathalie Miel, LUX se veut autant être l’endroit où l’on parle des grands enjeux de transformation de notre filière qu’un lieu d’essaimage : « On a envie de montrer aux autres secteurs : inspirez-vous de ce qu’on fait, nous, les ICC ». LUX se construit comme la vitrine de cet écosystème en ébullition, où l’on croise les expertises pour faire émerger de nouveaux modèles. Un vrai laboratoire à ciel ouvert où l’on apprend à « faire culture » dans un monde aux ressources finies. Rencontre avec celle qui orchestre cette tectonique des plaques auvergnate.

Votre travail avec « Déjà demain » est très concret et pratique, avec une réflexion très fine sur les métiers. Quelles grandes conclusions en tirez-vous ?

Nathalie Miel : Notre vision au départ était que, oui, des métiers vont disparaître et d’autres apparaître. Finalement, le résultat est surtout que les métiers vont devoir se transformer. Ça, on ne l’avait pas forcément dans le radar.

C’est-à-dire que demain, des personnes sur des postes de comptabilité vont devoir être compétentes sur des questions de comptabilité environnementale et sociale. D’autres en com’ vont devoir être compétentes en sensibilisation et pouvoir parler transition écologique sans bullshit.

Très très fortement est ressortie aussi la question de la transformation du métier de directeur ou manager. Son rôle de pilotage d’équipe va impliquer d’être très en veille, à la fois sur ces transformations des différents métiers, et sur le soin et la dimension humaine pour accompagner ses équipes dans cette voie. Car celles-ci vont être systématiquement bouleversées par ces nouveaux besoins en compétences.

Nous avons ensuite travaillé sur des scénarios catastrophes et rêvés. Or cette nécessité de transformation va potentiellement créer des conflits en interne, entre salarié·es hyper convaincu·es, mobilisé·es et engagé·es, et d’autres pour qui opérer cette transformation sera plus difficile, et l’effectueront de façon contrainte.

Comment accompagner cette transformation dans les structures ?

À l’issue de ce travail, le propos était que l’on puisse proposer des dispositifs d’accompagnement. Nous présenterons en avant-première lors de LUX l’atelier Impact & choc, un jeu de cartes pour questionner l’impact d’un scénario catastrophe dans sa structure.

En tirant une carte, comme celle d’un événement climatique extrême, et une carte profil, par exemple le directeur d’un festival, le joueur pourra questionner l’impact de ce choc sur la question des compétences et des métiers en interne, la gestion de crise, etc. C’est tellement plus confortable d’incarner un personnage pour questionner ses prises de décisions. C’est la force du jeu de rôle.

Nous travaillons aussi avec l’université pour mieux former les étudiants sur ces sujets. Et on lance une expérimentation avec le CNFT, qui forme nos agents de la fonction publique territoriale, avec du design fiction et une déclinaison opérationnelle, autour de la transformation des modèles économiques, et donc des métiers et des modèles de gouvernance.

Notre livre blanc est disponible librement, accesible à tout le monde. S’il peut inspirer largement, c’est encore mieux.

Votre mission de « développement des ICC » peut entrer en contradiction avec l’axe écologique et transition du secteur. Comment jonglez-vous avec cela ?

Cela nous a évidemment beaucoup questionné·es. Notre boulot, c’est d’accompagner la création et le développement d’entreprises. C’est très paradoxal quand on sait qu’il faudrait plutôt réduire. Nous avons beaucoup travaillé avec le Bureau des acclimatations sur cette question : comment accompagner la création et le développement d’entreprises dans un monde aux ressources finies. Notre responsabilité se trouve dans la façon dont on accompagne les porteurs de projets. 

Aujourd’hui, celui qui rejoint notre incubateur participe à une Fresque de la culture, co-créé avec les Shifters. Et le cahier des charges de notre appel à projets est très clair. On a vraiment changé nos accompagnements et les projets sélectionnés. On a perdu des adhérents qui ne se sont pas reconnus dans cette nouvelle orientation, et on en a gagné d’autres, et d’autres partenaires.

Comment continue-t-on à faire culture dans un champ très concurrentiel, qui navigue entre réductions des coûts et accélération des rythmes ?

Prenons l’exemple de l’IA. Tous nos adhérents sont en attente d’être outillés sur ces questions. Alors à chaque fois que le sujet a été chez nous, cela a toujours été en mettant en perspective la dimension environnementale et éthique.

Il y a trop peu de diversité dans les métiers de l’IA (peu de femmes, sous représentation de cultures dites minoritaires…) ce qui amène des biais de représentativité. Sans compter l’impact environnemental d’ores et déjà immense. Tous ces sujets sont abordés chez nous. Mais faudrait-il que les adhérents du Damier soient les seules boîtes à se couper de cet outil ? Pas simple.

L’un des enjeux écologiques de la culture, on le sait, c’est la coopération entre acteurs du champ culturel, mais aussi avec d’autres secteurs du bassin de vie : entreprises, scolaires, recherche… Penses-tu que des agences comme Le Damier prendront à l’avenir ce rôle – nécessaire mais pas forcément identifié comme tel aujourd’hui – d’agence de coopération au niveau territorial ? 

L’enclavement de Clermont-Ferrand fait qu’il y a une facilité de coopération sur ce territoire que je n’ai rencontré nulle part ailleurs, et notamment avec des acteurs d’autres secteurs socio-économiques et les collectivités. Nous sommes financés par le schéma régional « Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation », nous travaillons de façon très rapprochée avec les services de développement durable et de la culture, avec Michelin, l’université, les labos. Pour Le Bureau des acclimatations, l’une de nos compétences fortes est d’être cet orchestrateur de la coopération.

Je suis aussi dans plein de groupes de travail et de conseils d’administration pour faire vivre et faire connaître les ICC, qui sont au croisement de nombreux secteurs d’activité. C’est un secteur créatif, innovant. Ce sont des petites structures qui ont une capacité de résilience et de transformation qui peuvent inspirer les autres secteurs.

Dans ce sens, nous avons répondu à un appel à projets d’accélération des industries culturelles et créatives de France 2030, avec la CCI, l’université, l’École d’art, deux collectivités territoriales, l’agence d’urbanisme… Tous ces opérateurs se fédèrent autour du projet de faire de notre territoire le laboratoire de transformation de la filière culturelle et créative.

Donc ce rôle de coopération, on y tient tout à fait. En l’occurrence, en fonction de la réponse France 2030, nous aurons ou non des financements conséquents pour mettre cela en œuvre. Et en cas de refus, il y a déjà trois ans de travail avec nos partenaires depuis l’appel à manifestation d’intérêt avec une vision commune : il ne peut pas rien en rester.

Quels sont vos ingrédients-clés d’une coopération qui fonctionne aujourd’hui ?

Il y a d’abord une question de capacité d’écoute, et de méthode. On utilise plusieurs méthodes d’intelligence collective pour faire travailler les gens ensemble. Parce que la coopération, ça se décrète pas, ça se construit. Je pense quand même que le fait qu’on soit sympa, ça joue malgré tout. Et une maturité des opérateurs du territoire, qui partagent une vision commune de transformation nécessaire de leurs activités.

Quels sont les grands mots d’ordre du programme de cette biennale LUX 2025 ?

Que LUX soit identifié comme l’endroit où l’on parle des grands enjeux de transformation de notre filière : transition et impact environnemental de la culture, transformation du travail, numérique et IA, VHSS… À l’image du Damier, il nous faut garder ce petit temps d’avance sur l’époque, rester alertes et réactifs aux sujets de demain.

On aborde en ce moment la transformation du travail et des modèles économiques. En 2027, cette dimension pourrait bien colorer la programmation. L’enjeu est de toujours coller à l’actualité. C’est pourquoi il nous fallait traiter de l’IA aujourd’hui. Notre responsabilité par contre, c’est de donner aux acteurs toutes les clés de compréhension et de prise de décisions.

Quelles sont les questions que l’on doit collectivement se poser pour pouvoir avancer ?

Pour moi, c’est la question du « comment ». On est arrivé à l’épuisement de modèles qui ne fonctionnent pas. Comment être créatifs pour repenser les modèles, amorcer un nouveau cycle, penser les choses autrement ? Comment déverrouille-t-on les choses ? La réponse est complexe.

Pour les chercheurs Emmanuel Bonnet et Diego Landivar, il faut des pionniers. Eux parlent de sentinelles, qui observent et sont les premiers à alerter, à prendre position et protéger. Je souhaite que l’on soit à cet endroit. Notre posture, c’est d’exprimer l’envie d’aller là et d’y aller ensemble, même si l’on ne sait pas comment. (…)

Pioche! est partenaire de LUX 2025 et vous invite au salon ET à la soirée finale. Indiquez le code de réduction INVITATIONLUX2025 au moment de votre accréditation.

Tags : Collectivités territorialesCoopérationÉconomieTerritoires

Les + lus

  • Awake x Suzane x The SeaCleaners

    Des Français ont créé Awake, une montre fabriquée à partir de filets de pêche recyclés

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • Cette artiste transforme les déchets en œuvres d’art pour alerter sur la pollution plastique

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • Montreuil : bienvenue à la BOM, la bibliothèque d’objets à partager pour éviter d’acheter

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • « Un véritable théâtre du peuple » : À Nantes, Mixt ouvre ses portes autour d’un modèle culturel inédit

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • « La fête permet à des personnes très différentes de tisser des alliances pour fomenter des projets communs » – Arnaud Idelon

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0

Derniers articles

« Dépasser le militantisme ou l’urgence » : l’appel du dispositif Safer pour (mieux) lutter contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif

« Dépasser le militantisme ou l’urgence » : l’appel du dispositif Safer pour (mieux) lutter contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif

Arnaud Idelon - Boum Boum Politique du dancefloor Planet parade ©Romain Guede

« La fête permet à des personnes très différentes de tisser des alliances pour fomenter des projets communs » – Arnaud Idelon

Mixt Nantes

« Un véritable théâtre du peuple » : À Nantes, Mixt ouvre ses portes autour d’un modèle culturel inédit

Au Lux 2023 organisé par Le Damier à Clermont-Ferrand © HMWK

Biennale LUX à Clermont-Ferrand, pour (ré)apprendre à « faire culture » dans un monde aux ressources finies

Table ronde : Faut-il renoncer aux méga-tournées pour sauver le sens de la culture  ?

Table ronde : Faut-il renoncer aux méga-tournées pour sauver le sens de la culture ?

Pioche!

© 2025 Pioche! Magazine

  • La newsletter Bonne Pioche!
  • Politique de confidentialité
  • Mentions légales

Pas de résultat
Voir tous les résultats
  • ✒️ Nouveaux récits
  • 🥕 Du champ à l’assiette
  • 🎪 Faire lieux
  • 🏃‍♀️🏃‍♂️ À l’aventure
  • 🎤 Grands entretiens
  • 🌿 La newsletter de Pioche!

© 2025 Pioche! Magazine

Ce site web utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous consentez à l'utilisation de ces cookies. Plus d'infos. our https://piochemag.fr/mentions-legales/.