Depuis 2014, la REcyclerie est un lieu incontournable de l’écologie participative à Paris. Mais aujourd’hui, ce tiers-lieu engagé est placé en redressement judiciaire. Face aux difficultés économiques, il cherche des repreneurs pour poursuivre son engagement précurseur et préserver son modèle unique. Rencontre avec Stéphane Vatinel, son fondateur.
Que le temps passe vite. Cela fait désormais 11 ans que la REcyclerie, centre écologique du 18ᵉ arrondissement de Paris, œuvre au quotidien pour porter des messages écologistes fédérateurs et non culpabilisants. Le lieu a connu un immense succès dès son lancement en 2014, mais court aujourd’hui le risque de sa fermeture. En cause ? L’établissement est placé en redressement judiciaire depuis le 26 février 2025, dû à plusieurs facteurs concomitants qui ont perturbé son équilibre financier.
Lieu d’engagement et de sensibilisation
« La REcyclerie, c’est une place d’engagement autour des principes écologiques au sens large », énonce Stéphane Vitanel. L’homme, président de Sinny & Ooko, cherche depuis longtemps à multiplier les espaces conviviaux et favoriser la parole et le débat d’idées autour de l’écologie. Depuis 2008, avec son entreprise, il participe à la création et au développement de tiers-lieux pour accélérer la transition écologique en France. De ce projet naît la REcyclerie, qui investit l’ancienne gare du boulevard Ornano. « On a mis un point d’honneur à créer un lieu totalement dédié à la formation et la sensibilisation autour de toutes les activités qui génèrent des effets néfastes sur le climat, la faune et la biodiversité. »
L’espace devient rapidement un carrefour de convergence des engagements écologiques, où le public vient débattre et participer à une vision du monde novatrice et engagée. Le projet repose sur un modèle économique du café-cantine : les recettes du restaurant financent les activités proposées dans le lieu. Et ces activités sont nombreuses : conférences avec des invités prestigieux et inspirants, expositions, ateliers, marchés…

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En plus de sensibiliser le grand public sur ces questions, le lieu a pour projet de promouvoir des acteurs locaux engagés sur les questions environnementales. « Nous devons faire une place à ces acteurs, que ce soit des associations, des personnalités, des entreprises, des militants… »
Dernière ambition, et pas des moindres ; accueillir les personnes dans un quartier très urbanisé et habituellement délaissé des événements culturels et écologiques : la porte de Clignancourt.
Peu à peu, le succès est au rendez-vous. Ce lieu populaire, où rencontres et discussions sur l’écologie rime aussi avec fête populaire, attire et place la REcyclerie comme une référence du tiers-lieu écologique. « La REcyclerie a eu une énorme fréquentation jusqu’au Covid. » En effet, trois millions de personnes ont franchi ses grandes portes en fer en près de dix ans.
Des difficultés en cascade
« Ces lieux n’ont pas vocation à être ultra-bénéficiaires. »
Mais la crise sanitaire du Covid-19 vient ternir le tableau. Les résultats financiers sont dans le rouge, comme de nombreux autres établissements recevant du public à cette période. Deux années de « souffrance financière », mais pas insurmontables, se souvient le directeur de l’établissement. « C’était pour nous presque conjoncturel. Ces lieux n’ont pas vocation à être ultra-bénéficiaires. On a surtout pour vocation d’être ultra-sensibilisateurs, ultra-militants. Donc, si à la fin de l’année, on clôture avec un budget à l’équilibre, ça nous suffit. »
Progressivement, d’autres obstacles s’ajoutent : travaux qui s’éternisent sur la ligne 4, unique accès en métro, et émergence de nouveaux lieux écologistes à Paris. En septembre 2021, l’Académie du Climat ouvre ses portes. Stéphane Vatinel perçoit en cette initiative l’écho de ses propres valeurs : « Je trouve que l’Académie du Climat est un lieu extrêmement important. Si toutes les villes de France et du monde pouvaient avoir des endroits comme celui-ci, où l’on parle des phénomènes climatiques, ce serait super ».
« Avec l’arrivée de l’Académie du Climat, nous nous sommes retrouvés dans un secteur concurrentiel, mais complètement déséquilibré. »
Cependant, ce nouvel espace, financé par la ville de Paris et installé au cœur de la capitale, représente une concurrence. « Nous sommes un lieu privé, qui n’a pas vocation à faire des bénéfices, qui vit grâce aux recettes du restaurant et aux programmations. Avec l’arrivée de l’Académie du Climat, nous nous sommes retrouvés dans un secteur concurrentiel, mais complètement déséquilibré. »
« D’un côté, il y a ce magnifique bâtiment au cœur de la Ville avec un soutien municipal, et de l’autre, un espace indépendant et autofinancé, éloigné lui du centre de la capitale. Je pense que c’est une erreur politique et stratégique de la mairie de Paris, qui se réfugie derrière le fait qu’elle n’a pas vocation à soutenir un lieu privé. »
Un avenir incertain, mais porteur d’espoirs
Face à ces difficultés, la REcyclerie est placée en redressement judiciaire le 26 février 2025. Elle doit aujourd’hui trouver des investisseurs ou des repreneurs pour assurer sa pérennité, avant le 14 avril 2025. Ce jour-là sera discuté le futur de la REcyclerie : l’administrateur judiciaire recueillera les propositions des repreneurs potentiels.

« Évidemment, je veux garder l’espoir écologique de porter des actions qui vont en ce sens. »
Malgré un contexte politique mondial défavorable à la défense climatique, Stéphane Vatinel, qui consacre son temps et son énergie à ses lieux, refuse de baisser les bras. « Évidemment, je veux garder l’espoir écologique de porter des actions qui vont en ce sens. En réalité, je pense que nous n’avons pas le choix. Ce n’est pas une histoire de posture de confort, qui viendrait alimenter une espèce d’égo, mais une réelle nécessité. Ce que je souhaite absolument, c’est avoir un lieu qui puisse continuer à accueillir, à enthousiasmer. »
L’objectif est de trouver un modèle économique pérenne, tout en conservant l’esprit initial. « Nous nous tournerons vers le projet qui saura allier viabilité économique et maintien de notre mission, qui est celle que nous portons depuis plus de 10 ans. » Stéphane Vatinel reste lucide : « C’est normal, c’est la vie. Si la REcyclerie ferme et qu’il y a d’autres lieux similaires qui s’ouvrent, je serai très heureux ». L’espoir demeure néanmoins : prolonger le chemin mené depuis dix ans, encore dix années supplémentaires – au moins.






