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« Plus loin qu’ailleurs » : le voyage commence au coin de la rue avec la dernière BD de Chabouté

par Nina Boisumeau Leloup
27 juillet 2026
Image issue de « Plus loin qu’ailleurs », la dernière BD de Chabouté

Image issue de « Plus loin qu’ailleurs », la dernière BD de Chabouté

Il faut parfois partir très loin pour apprendre à regarder ce qui se trouve juste devant soi. C’est précisément le pari de Plus loin qu’ailleurs, la dernière bande dessinée de Chabouté. Avec son dessin en noir et blanc, son rythme contemplatif et son héros solitaire, l’auteur nous embarque dans un voyage qui ne mène finalement pas au bout du monde, mais au bout de notre propre regard.

Sans grands discours ni effets spectaculaires, Chabouté rappelle que l’aventure ne dépend pas toujours des kilomètres parcourus. Elle naît parfois simplement du temps que l’on accepte de consacrer aux autres, aux détails et à ce quotidien que l’on traverse souvent sans le voir.

Voyager sans partir : une ode au quotidien

 

Alexandre rêve de grands espaces. Après vingt années passées à travailler de nuit comme gardien de parking, il décide enfin de s’offrir le voyage dont il rêve. Dans son imaginaire se dessinent des paysages immenses, un froid glacial, des horizons infinis et un dépaysement total. Mais le destin en décide autrement. Entre la faillite de son agence de voyage puis une importante entorse qui l’empêche de repartir, tous ses projets s’effondrent. Là où beaucoup auraient retrouvé leur routine, Alexandre fait un choix inattendu : partir à l’aventure… à l’autre bout de sa rue.

Faire ressentir le dépaysement sans jamais quitter son quartier.

À travers ce point de départ presque absurde, Chabouté transforme les trottoirs, les jardins, les immeubles et les habitants du quartier en territoire d’exploration. Petit à petit, Alexandre découvre une richesse qu’il n’avait jamais remarquée. Le pari est totalement réussi : faire ressentir le dépaysement sans jamais quitter son quartier.

 

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Cette histoire devient alors une réflexion plus large sur notre rapport au temps. Dans une société où tout pousse à aller toujours plus vite, où les vacances sont souvent synonymes d’exotisme et de consommation, Chabouté nous invite à voyager dans notre quotidien.

Une mise en scène qui nous apprend à observer

Comme souvent chez Chabouté, le dessin raconte autant que les dialogues. Les pages sont presque entièrement en noir et blanc. Le monde d’Alexandre paraît d’abord gris, monotone, presque figé à l’image de sa vie. Puis, progressivement, quelques éléments surgissent en couleur.

Plus loin qu’ailleurs - Chabouté
Plus loin qu’ailleurs – Chabouté

Un morpion gravé sur un banc, une mauvaise herbe qui pousse entre deux plaques de béton, un dessin oublié sur un mur… chaque apparition colorée agit comme un réveil. Les couleurs n’étaient pas absentes : elles attendaient simplement qu’on leur prête attention.

Chabouté nous invite à lever les yeux de nos écrans et à sortir de l’indifférence dans laquelle nos sociétés individualistes nous enferment.

Cette idée est renforcée par les extraits du carnet de voyage d’Alexandre, qui ponctuent les pages. « Les chaussures: elles sont révélatrices et semblent être le prolongement de la personne », à la manière de récits d’explorateurs comme Jack London, Il décrit les « espèces » qu’il découvre, dresse des listes d’observations, note des comportements, collectionne des objets abandonnés ou des déchets du quotidien comme des vestiges d’une civilisation inconnue. Un procédé à la fois drôle et poétique qui vient transformer une rue ordinaire en territoire inconnu.

Une bande dessinée profondément engagée

 

Mais Plus loin qu’ailleurs ne se contente pas d’être une ode au quotidien. En apprenant à Alexandre à observer ce qui l’entoure, Chabouté nous invite à lever les yeux de nos écrans et à sortir de l’indifférence dans laquelle nos sociétés individualistes nous enferment. Regarder devient alors un premier acte d’attention envers le monde qui nous entoure.

 

 

Plus loin qu’ailleurs – Chabouté

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une adventice qui perce le béton raconte la résilience de la nature face à l’artificialisation des villes. Quant à cet homme sans domicile fixe qu’Alexandre prenait d’abord pour un « fou » et qu’il évitait, il découvre finalement une personne passionnée par la nature qui a quitté son emploi dans l’industrie pharmaceutique parce qu’il ne supportait plus un système qui le broyait.

 

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Chabouté rappelle ainsi que derrière chaque personne à la rue se cache une histoire, un parcours et une humanité que nos préjugés nous empêchent trop souvent de voir.

Regarder autrement

 

À travers l’histoire d’un homme qui ne partira finalement jamais en voyage, Chabouté réussit à nous faire voyager. Avec son noir et blanc, son rythme contemplatif et son immense sens de l’observation, Plus loin qu’ailleurs rappelle que l’extraordinaire se cache souvent dans l’ordinaire. Cette bande dessinée n’est pas seulement une invitation au voyage. C’est une invitation à ralentir, à porter attention aux autres, à notre environnement et au présent. Car avant de changer le monde, encore faut-il commencer par le regarder.

Paru en mai 2025 aux éditions Vents, Plus loin qu’ailleurs est à découvrir à travers ce lien.

Tags : ArtBande dessinéeRéflexionVoyage

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