Pour amorcer une réflexion autour des thématiques abordées pendant les tables rondes du festival Green Orizonte en Corse, Pioche! a co-organisé 5 webinaires dédiés à la transition écologique.
Comment réancrer ses pratiques dans un territoire ? Comment allier transmission et innovation ? Et comment faire de l’insularité de la Corse un atout ? En faisant dialoguer les témoignages issus de Corse et de l’Hexagone, cette série de webinaires alimente la réflexion autour de ce qui fait sur le territoire corse au quotidien – tourisme, artisanat, musique, alimentation et sport – et ouvre des futurs désirables pour l’Île de Beauté.
Les pros du tourisme nous préparent des vacances plus écologiques
Entre injonctions écologiques et nouvelles exigences du public, le secteur du tourisme est en pleine transition. Mais au-delà des petits gestes, pas toujours simple de raccrocher les bonnes intentions à ce qui peut être fait sur le terrain. Comment le monde du tourisme aborde-t-il ces nouveaux enjeux, souvent très concrets ?
Dans ce webinaire, trois acteur·ices corses, Luis Barraud, Marine Delvigne Guglielmacci et Jean-Louis Moretti, et deux représentant·es de structures du continent, Jean-Marie Hébert et Caroline Mignon, partagent leurs expériences et mettent en lumière des solutions qui existent déjà. Ces dernier·es s’accordent sur la nécessité de considérer le tourisme durable non pas pas comme un secteur à part, mais bien comme un élan vers la transition de l’ensemble du tourisme. « Le développement durable n’est pas une stratégie, il est le dénominateur commun de toutes les stratégies » résume Jean-Louis Moretti.
La discussion s’oriente autour de l’enjeu social de la transition. Car « le temps de vacances peut être un temps d’expérimentation d’autre chose », comme le propose Caroline Mignon. La question de l’accessibilité est cruciale : le tourisme durable ne doit pas rimer avec tourisme de luxe. Les populations locales doivent également être prises en compte, à travers des pratiques équitables et respectueuses des conditions de travail. En ce sens, les intervenant·es soulignent l’enjeu de désaisonnaliser le tourisme, afin de limiter l’empreinte sur le territoire et d’assurer des emplois à l’année sur les territoires.
Ils/elles insistent également sur l’importance de la coopération et des réseaux locaux pour changer effectivement les pratiques, et partagent quelques conseils pour naviguer dans le labyrinthe des dispositifs d’accompagnement et des sources de financement accessibles aux structures du secteur. L’union fait la force, dit-on.
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Ces artisans qui réinventent nos territoires
Avec le retour du circuit court, nos artisan·es (re)deviennent le cœur battant de nos régions, de ce « monde de demain » encore à reconstruire. Les savoir-faire, la curiosité pour le geste font désormais partie intégrante de l’identité des territoires. Pourtant, entre l’augmentation du prix des matières premières et la difficulté d’accès aux ressources, l’artisanat se trouve en première ligne de la crise climatique.
« Ce qui va être compliqué, c’est de continuer à produire malgré l’évolution climatique. Beaucoup de structures vont souffrir d’un manque de rendement qui pourra remettre en cause leur pérennité » explique dans ce webinaire le vigneron corse Marc-Andria Acquaviva. De son côté, Émilie Borel Berta, productrice d’huile d’Olive sur la côte est de l’île témoigne des effets de mal-adaptation qui peuvent exister dans sa filière, comme l’attribution des aides publiques aux grandes exploitations de colza gourmandes en eau.
Les deux artisan·es issu·es de l’Hexagone – Charles Guirriec et Mathilde Bernasconi – ont aussi décrit la difficulté de faire évoluer leurs pratiques sans perdre en attractivité, pour concilier trois impératifs parfois contradictoires : valorisation régionale, exigence environnementale et pérennité des savoir-faire.
La question du circuit court apparaît alors cruciale, tout comme celle de la transmission des savoir-faire. Une meilleure transmission permettrait de souligner les spécificités du territoire et d’empêcher la disparition de certains corps de métiers. Car pour l’instant, « le travail manuel n’est pas vraiment revalorisé » selon Émilie Borel Berta, et la sensibilisation du public reste à favoriser.
Musique : proposer de nouveaux récits et offrir un futur désirable
Aujourd’hui, il faut changer de disque. En studio ou en live, la transition vers une démarche plus responsable doit devenir la norme dans tous les métiers de la musique. Pour ce webinaire, Pioche! a réuni le DJ Fakear, la musicienne corse Elisa Tramoni (Suarina) et Stéphane Biancarelli, directeur de l’association Le Rézo qui soutient la création artistique en Corse.
Ensemble, ils/elles abordent le rôle de la musique pour proposer de nouveaux récits, et partagent leur volonté de voir davantage d’artistes s’engager. En affirmant des convictions hors scène, en invitant le public à comprendre son environnement et à changer son quotidien, en soutenant des causes qui leur semblent justes… Il existe mille manières différentes de porter un engagement. Il reste seulement à « faire confiance au public » et s’appuyer sur son entourage professionnel pour faire coïncider ses valeurs et son travail d’artiste.
Cela peut également passer par la création en elle-même, comme l’explique Elisa Tramoni qui « s’inspire de la tradition pour aller vers la modernité ». L’environnement naturel peu également être une source d’inspiration, et une ouverture vers une meilleure compréhension des écosystèmes. Représenter la nature est un premier pas vers l’envie de la protéger.
La question du territoire s’invite également dans la discussion et les participant·es corses mettent en lumière l’importance de l’échelon local pour s‘inspirer, rencontrer d’autres musicien·nes et ancrer sa pratique quelque part. Mais mieux qu’un seul « circuit court artistique », c’est l’équilibre entre scène locale émergente et artistes venu·es d’ailleurs qui semble être le choix le plus juste pour les intervenant·es.
Restauration : vers une idée plus large de l’alimentation durable
L’alimentation durable est d’abord un défi : nourrir la planète sans la détruire. Si les enjeux d’accessibilité économique, d’impact sur l’environnement ou la santé sont souvent abordés, le thème est moins souvent compris sous l’angle culturel, artistique, territorial ou citoyen. Ce sont pourtant des approches indispensables pour sensibiliser le plus grand nombre à changer l’action la plus quotidienne : se nourrir.
Ici, la cheffe étoilée Nadia Sammut et Marta Messa, secrétaire générale de l’association Slow Food, proposent une vision large de l’alimentation, incluant la santé, le territoire, le lien social… Il s’agit selon elles d’une étape indispensable pour lever les freins et identifier des pistes pour accompagner les citoyens de manière positive. L’éducation est alors au cœur de l’enjeu, pour responsabiliser les citoyen·nes et redonner tout le sens que l’alimentation mérite. « Les valeurs de bon, propre et juste doivent faire partie de la manière avec laquelle on nourrit et cuisine toute la population » résume Nadia Sammut.
Et pour avancer, les bonnes volontés peuvent s’appuyer sur l’histoire, les pratiques et les savoirs existants, car « il y a un lien très fort entre la tradition et la durabilité » rappelle Marta Messa. « Il y a beaucoup de gens qui savent faire et considèrent la terre, le sol et le corps avec une vraie vision holistique. Avant on appelait ça le bon sens, aujourd’hui on parle de renouveau » ironise en retour Nadia Sammut. Dans ce grand chantier, les cuisinier·es ont alors une responsabilité à devenir de véritables ambassadeur·ices de l’alimentation durable, car ils/elles ont le formidable pouvoir de convaincre par le palais.
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Sport : accélérer ou ralentir ?
Compétition, performance, intensité, ces valeurs que l’on associe au sport semblent presque décalées par rapport à la coopération, l’humilité et la sobriété à adopter pour une transition écologique digne de ce nom. Au-delà de cette opposition a priori, le sport peut être une voie pour repenser le dépassement à l’aune de rapports avec soi-même, avec la nature et avec les autres.
C’est la vision portée par Ophélie David et Xavier Thévenard, champion·nes de leurs disciplines – respectivement le ski-cross et l’ultra-trail – et Maël Besson, expert de la transition du sport. « On a le pouvoir de changer les choses. Mon devoir et mon pouvoir, c’est d’aider les générations futures, les écouter et les aider » affirme Ophélie David.
Le webinaire soulève alors la nécessité de donner du sens à la pratique sportive, à l’inscrire dans son cadre sociétal. Car le monde du sport ne peut pas faire comme s’il ne se passait rien. Le-voilà directement impacté par les mutations des paysages, par la détérioration de la qualité de l’air et, indirectement par la baisse des performances sportives. Les invité·es ont surtout soulevé la nécessité du changement à l’échelle du secteur, touchant les sponsors, les évènements et les fédérations internationales. Et si chaque sportif·ve avait un quota carbone au-delà duquel il/elle serait considéré·e comme dopé·e ?
Bonus : Comment la Corse est devenue pionnière en matière d’énergies renouvelables
Comment approvisionner en énergie une île de plus de 339 000 habitant·es au beau milieu de la Méditerranée tout en garantissant son autonomie ? C’est le défi de taille qui se pose en Corse, trop éloignée géographiquement de la France pour se raccorder à son réseau électrique.
Dans cet article, le chercheur Gilles Notton échange avec les entrepreneurs Georges Guironnet (Soleco) et Didier Pierrat (Stepsol) pour expliquer la spécificité du modèle énergétique corse, pionnier du renouvelable et à même d’influencer le reste du monde.






