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TRIBUNE. Free parties : « Faites confiance à votre jeunesse et à l’intelligence collective »

par Jean-Paul Deniaud
20 mai 2026
Teknival Bourges 2026 ©AFP/Kenzo TRIBOUILLARD

Teknival Bourges 2026 ©AFP/Kenzo TRIBOUILLARD

Avant que le Sénat n’engage les discussions en séance publique, le 18 mai, sur le projet de loi « Ripost », qui propose de délictualiser l’organisation mais aussi la participation à des rave-parties illégales, un appel au dialogue et à la médiation est lancé par trois acteurs des musiques électroniques, et notamment par l’ancien maire adjoint de Paris chargé de la vie nocturne.

Par Eric Labbé, Tommy Vaudecrane et Frédéric Hocquard, respectivement DJ et producteur de musique électronique, président de Technopol, ancien maire adjoint de Paris à la vie nocturne et délégué général de Bourges 2028.

Tribune publiée le 16/05/2026 dans La Gazette des Communes, et partagée ici après autorisation.

Le week-end du 1er mai, près de Bourges, l’une des plus importantes free parties de France a réuni près de 40 000 personnes venues de tout le pays pour trois jours de musique, de fête et de convivialité.

Comme souvent dans ce type d’événement, chacun a dû prendre sa part de responsabilité : le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et la gendarmerie mobilisés durant tout le week-end, les organisateurs et les participants soucieux de limiter les nuisances et de nettoyer les lieux après leur départ, mais aussi les riverains qui, une fois la surprise passée, pour certains, sont allés à la rencontre des fêtards. Comme l’a résumé une maire du Cher interrogée par la presse locale : « Les habitants se sont adaptés à cette situation inédite, le climat était serein. »

Des événements sans incident notable

Cette réalité de terrain contraste pourtant fortement avec le discours alarmiste porté depuis plusieurs semaines au niveau national autour des free parties, entre la proposition de loi portée par Laetitia Saint-Paul et le projet de loi Ripost. Une fois encore, ces rassemblements sont présentés comme des menaces pour l’ordre public, alors même que les faits racontent une tout autre histoire.

Dans un rapport sénatorial de 2019, le sénateur Henry Leroy estimait à près de 4 000 le nombre de free parties organisées chaque année en France. Pourtant, le ministère de l’Intérieur n’en recensait officiellement que 337 en 2025. Cela signifie que, dans l’immense majorité des cas, ces événements se déroulent sans incident notable, sans plainte et sans intervention particulière des autorités. Plus encore, seuls 4 % de ces rassemblements dépasseraient le millier de participants.

Loin des habitations

La réalité est celle de petits collectifs qui organisent, souvent depuis des années, des événements autogérés dans des terrains isolés, friches ou espaces abandonnés, loin des habitations. Ces fêtes sont gratuites, populaires et constituent bien souvent le seul accès à la culture et à la fête pour une jeunesse rurale largement oubliée des politiques culturelles. Dans de nombreux territoires, il n’existe ni club, ni salle dédiée aux musiques électroniques, alors même que celles-ci viennent d’être inscrites à l’inventaire du Patrimoine culturel immatériel français.

« Ne laissez pas les logiques sécuritaires et les postures politiques l’emporter sur l’expérience du terrain. »

Réduire ces rassemblements à des questions de nuisances ou de sécurité est une erreur. Les chiffres eux-mêmes invitent à relativiser les discours anxiogènes : lors du Teknival de Bourges, les autorités faisaient état de 33 blessés en quatre jours pour 40 000 participants, quand d’autres grands festivals parfaitement encadrés connaissent des bilans sanitaires bien plus lourds, sans susciter la même indignation : 2 940 prises en charge par le SMUR 44 lors de la dernière édition du Hellfest pour 70 000 participants.

La criminalisation croissante de ces événements — saisies de matériel, gardes à vue, sanctions pénales visant même les DJs — risque surtout d’aggraver les tensions et de couper un peu plus le lien entre les institutions et une partie de la jeunesse.

Plutôt que la répression systématique, il serait plus utile d’encourager le dialogue, d’identifier des terrains adaptés et de mettre en place des formes de médiation locales. Vous êtes les premiers témoins de la réalité de vos territoires. Ne laissez pas les logiques sécuritaires et les postures politiques l’emporter sur l’expérience du terrain. Faites confiance à votre jeunesse et à l’intelligence collective.

Tags : JeunesseMode de vieMusiquePolitique

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