En juin, la place du village de Montlieu-la-Garde ne désemplit pas. Et pour cause : la petite commune accueille le festival Le Bruit des Printemps, œuvre d’une cinquantaine de bénévoles qui travaillent d’arrache-pied pour proposer un événement écoresponsable, cohérent et inclusif. Avec pour objectif de faire de la culture un vecteur de lien social. Rencontre avec Louise Fafa, coprogrammatrice du festival.
Qui a dit que les petites communes n’abritaient pas de riches initiatives culturelles ? Créé en 2023 par la compagnie Les mille Printemps, le festival Le Bruit des Printemps prouve que les villages regorgent de projets audacieux. Montlieu-la-Garde, petite commune de Charente-Maritime, accueille sur la place de son village un concentré de cultures, pour deux jours de partage et de réflexion les 7 et 8 juin 2025.
La culture comme trait d’union

L’idée, c’est d’amener une très grande qualité artistique autour de sujets de société qui concernent tout le monde.
La raison d’être de l’événement se traduit par une offre culturelle riche dans un territoire rural qui en est, à l’origine, peu pourvu. « C’est un territoire où les gens n’ont pas tant l’occasion de se rencontrer. Ils restent souvent dans leur cercle familial ou amical », constate Louise Fafa, coprogrammatrice du festival, en charge de la direction artistique.
Pour réunir, le festival met en scène des artistes qui conçoivent l’art comme un levier pour ouvrir le débat et imaginer de nouveaux possibles, ensemble. Les artistes sont choisis pour leur « regard singulier sur le monde dans lequel nous vivons, sur la politique actuelle, les relations, le vivre-ensemble, la citoyenneté. L’idée, c’est d’amener une très grande qualité artistique autour de sujets de société qui concernent tout le monde ».
Thématique cette année : l’histoire vraie
Et les thématiques ne manquent pas. En 2023, la première édition s’emparait de la question des inégalités de genre. En 2024, c’est le complexe intellectuel en ruralité qui était étudié ; cette idée selon laquelle la légitimité culturelle serait l’apanage des grandes villes. Cette année, cap sur « l’histoire vraie et le documentaire » : comment mettre le réel sur scène et interroger nos façons de le raconter ?
On y retrouvera par exemple un micro ouvert où six inconnu·es seront invités à prendre la parole pour raconter un moment historique de leur vie. Pour aborder l’histoire vraie, la pièce de théâtre Genre!, portée par la compagnie des Milles Printemps, questionnera le système hétéronormatif. En donnant la parole aux spectateur·ices, la pièce oscille entre fiction et réalité. Enfin, dernier avant-goût du festival, la pièce de théâtre La crèche, met en scène un fait d’actualité qui a déchaîné la sphère médiatique : celui d’une femme qui a refusé de retirer son voile dans une crèche.
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Dans une ambiance joyeuse, Le Bruit des Printemps souhaite « créer un moment convivial, mais citoyen, où chacun·e peut se sentir concerné·e. On a envie d’intéresser tout le monde par la diversité des propositions ». En réponse à cette programmation hétéroclite ? Un public tout aussi mixte : « en âge, en genre, en milieu social, en bord politique… ».

Accessibilité d’abord
Mais être un festival d’avant-garde comporte aussi son lot de défis. S’il y a clairement une envie de « participer au dynamisme culturel du coin », il y a aussi le souhait de rester accessible à toutes et tous. Que ce soit au niveau de la programmation, mais aussi sur l’échelle des prix.
« Quand on veut concerner tout le monde, il faut que tout le monde puisse venir, affirme Louise. Donc, il y a vraiment une volonté de faire des tarifs très peu chers. Même si des fois, on se tire un peu les cheveux pour tout faire rentrer dans nos budgets. » En témoigne : pour deux jours, le pass coûte 18 € en tarif plein. Alors, le festival propose, pour « ceux qui en ont les moyens » de verser un tarif solidaire, proposé en tarif libre à partir de 25 €.
Un équilibre fragile, mais assumé. Puisqu’en effet, le festival est confronté à des défis financiers de taille pour maintenir le prix des billets à un niveau bas et abordable pour tous. « Clairement, la recette du festival en termes de billetterie est très en dessous de ce que ça nous coûte. »
Un impact écologique à la marge
L’engagement du festival ne s’arrête pas à sa programmation. La responsabilité environnementale est bien sûr questionnée. « Toute l’organisation et la construction du festival sont réfléchies pour avoir un impact écologique le plus bas possible. »
Vaisselle en dur, ecocups consignées, récupération pour les éléments de décors, système de covoiturage, nourriture végétarienne et végane « provenant à 80 % de producteur·ices locaux », camping gratuit sur place… Autant de points pour avoir un événement le moins polluant possible.
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Redéfinir d’autres possibles
Il est essentiel d’avoir des moments de débats, de réflexions dans une ambiance bienveillante.
Louise Fafa croit en la nécessité de ce festival pour insuffler l’envie de faire société autrement. « Aujourd’hui, dans un monde où les conflits se multiplient, où le dialogue est souvent agressif, il est essentiel d’avoir des moments de débats, de réflexions dans une ambiance bienveillante. Le politique doit revenir à hauteur de citoyen·ne. »
« C’est une forme de résistance, d’autant plus en milieu rural, que des événements comme le nôtre existent. Si les festivaliers repartent avec un nouveau point de vue, une envie d’agir, alors on a tout gagné. »
Programmation, informations et billetterie sur le site du festival






