À Nantes, Mixt ouvrira ses portes en décembre 2025 autour d’un projet culturel inédit : trois salles de spectacle et des studios de répétition, mais aussi un parc public, un restaurant et une programmation d’activités culturelles au service de la mixité des publics. Un véritable « changement d’époque » pour cette institution publique.
Une cabane dans les arbres en plein centre ville. C’est la surprise qui attend les Nantais·es au mois de décembre pour l’ouverture de Mixt. Dans le parc entourant l’ancien théâtre Grand T, la structure en bois côtoie désormais les cèdres centenaires et invite tous les passant·es à s’y percher pour surplomber un lieu culturel pas comme les autres.
Mixt, c’est deux salles de spectacles, trois studios de création et un bar-restaurant sur près de 8 000 m². Le tout, entouré par un hectare de jardin. À partir de décembre 2025, l’établissement proposera une programmation annuelle de théâtre, de danse, de musique et de cirque, ainsi que des résidences d’artistes. Mais ce nouveau lieu culturel se distingue surtout à travers son modèle inédit pour un théâtre public. Tout est tourné vers la mixité des usages, les publics locaux et une attention particulière à l’urgence écologique. Un véritable « changement d’époque », annonce sa directrice Catherine Blondeau
Place aux usages
Mais alors, pourquoi une cabane ? « Parce que c’est un lieu de plaisir, comme le théâtre », répond sur le ton de l’évidence l’architecte Mathieu Poitevin. Avec son agence Va jouer dehors ! et son acolyte Thomas Bretignière, il a dessiné le nouveau visage du bâtiment. Une architecture en bois-verre-acier-béton, tout en horizontalité, qui rompt avec les hauts théâtres intimidants du XXe siècle. À la salle historique de 850 places construite en six mois dans les années 1980, les architectes ont ajouté une autre salle de 350 places et des studios de danse, de son et de vidéo.
L’établissement public est né de la fusion de l’ancien théâtre Grand T et de l’agence Musique et danse en Loire-Atlantique. « Mais impossible de reconduire à l’identique le modèle classique d’institution culturelle hérité de l’époque de Malraux sans se poser de questions », prévient Catherine Blondeau qui dirigeait déjà le Grand T depuis 2011.
« Un véritable théâtre du peuple, au sens noble »
En conséquence, le lieu accueillera des spectacles de répertoire et de création contemporaine, mais se tournera aussi vers les pratiques amateures et des activités culturelles comme la cuisine, le jeu, le jardin ou le Qi Gong. À travers son dispositif d’éducation artistique et culturelle Remixt, la structure ouvrira les portes de ses spectacles à près de 4 200 jeunes, à Nantes et sur tout le département.
Cette vision très large de la médiation culturelle permet de s’adresser aux voisin·es, aux associations de quartier, aux familles et à tous les public qui ne mettent jamais les pieds au théâtre. « C’est un véritable théâtre du peuple, au sens noble, prêt à produire de la culture de 8h à 1h du matin », résume l’architecte Matthieu Poitevin.
Le lieu se distingue aussi par une programmation attentive aux enjeux politiques, les deux pieds dans le réel. Les multiples scènes seront traversées par des sujets brûlants comme l’écologie (Je suis trop vert de David Lescot) ou les migrations (Boat People de Marine Bachelot Nguyen). Le festival Cosmopolites qui se tiendra en mai 2026 fera dialoguer des artistes autour des questions d’identités, d’exil, et de vies minorées.
Du côté des artistes, Mixt met l’accent sur le soin et l’accompagnement. Dans un contexte de précarisation des intermittent·es du spectacle, la nouvelle institution est pensée pour tisser des liens pérennes et sécurisant avec les professionnel·les de la création. « Avec une attention toute particulière pour les artistes du territoire », précise Catherine Blondeau. Dix artistes et compagnies sont d’ailleurs associé·es à l’ouverture de Mixt.
Une institution ouverte sur le monde
De telles ambitions se sont matérialisées dans le chantier de trois ans et demi qui a donné une nouvelle jeunesse au lieu. Les travaux entièrement financé à hauteur de 35 millions d’euros par le Département de Loire-Atlantique ont ainsi été organisés autour des principes de sobriété et de réemploi des matériaux, ainsi qu’avec une vigilance d’adaptation au dérèglement climatique.
Afin d’accueillir le bouillonement artistique et social annoncé par l’équipe de Mixt, tout a été complètement repensé pour « ouvrir des espaces qui rendent les choses possibles », explique Mathieu Poitevin. Une promenade dans le lieu permet de s’en assurer. Les salons d’attente peuvent se transformer en salle de spectacle avec les escaliers comme gradins, les couloirs et passerelles ne demandent qu’à devenir galeries d’exposition et le jardin semble prêt à accueillir des artistes en répétition. « C’est un espace à habiter de mille manières possibles », résume Catherine Blondeau.

Au moment de construire le modèle économique de Mixt, Catherine Blondeau s’est tournée vers plusieurs lieux culturels français et européens. De la Friche La Belle de Mai à Marseille au Centquatre à Paris en passant par les Halles de Schaerbeek en Belgique, la directrice s’est intéressée à des modèles alternatifs, jugés plus robustes que les institutions publiques classiques grâce à des activités génératrices de ressources propres.
Résultat : l’équipe de Mixt fait le pari de ne pas placer le restaurant en gérance mais d’embaucher des personnes pour internaliser l’activité. Elle compte également développer le mécénat, ouvrir un organisme de formation, accueillir des colonies de vacances entre ses murs et louer ses espaces pour des séminaires d’entreprises. Les revenus de ces activités s’ajouteront aux financements du Département de Loire-Atlantique, de la Ville de Nantes et de l’État qui représentent 70% des 10,6 millions de chiffres d’affaires de l’établissement public de coopération culturelle (EPCC).
Sortir des logiques de concurrence
Au cœur de ce nouveau modèle, on retrouve aussi des pratiques de coopération et de mutualisation. Les valeurs du lieu sont « à rebours d’anciennes logiques d’exclusivité, de concurrence et de course à la croissance », défend Catherine Blondeau. Exit les clauses qui empêchent les artistes de jouer deux fois d’affilée sur le même territoire. Mixt veut faire la part belle aux spectacles existants dans l’esprit du plan « Mieux produire, mieux diffuser » du Ministère de la Culture. Initié en 2024, ce plan entendait répondre à la chute du nombre moyen des représentations par création et aux réductions des budgets publics dédiés à la Culture.
L’institution s’appuiera également sur les réseaux de coopération locaux pour déployer des tournées dans les salles, les collèges, les médiathèques ou les Ehpad aux quatre coins du département de Loire-Atlantique. Des tournées locales qui, on le sait bien, réduisent considérablement l’empreinte carbone du secteur.
Et maintenant ? Il ne reste qu’à venir découvrir, habiter et faire vibrer le lieu, en commençant par les quinze jours de festivités organisés pour l’inauguration. Du 13 au 27 décembre, Mixt propose cinq grands spectacles de théâtre, musique et danse, ainsi qu’une pluie d’activités pour tous les âges : visites guidées du lieu, danse collective, théâtre amateur, roller-party, concerts de soul, karaoké… « Cette année, c’est à Mixt qu’il faudra venir fêter Noël », annonce Catherine Blondeau.
Informations et réservation des premiers spectacles sur le site du Mixt.






