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Qui sont ces artistes qui développent un autre rapport entre l’humain et l’environnement

par Manon Schaefle
16 janvier 2021
Nicolas Floc’h

Nicolas Floc'h - RECIFS - © Galerie Maubert, Paris

Les conséquences de l’activité humaine sur la planète impressionnent, effraient et choquent, au point de déclencher un syndrome anxieux, la solastalgie. Des sentiments partagés par une nouvelle génération d’artistes, pour qui la nature n’est plus simplement une affaire de représentation, comme l’explique à Pioche! Nathalie Blanc, artiste et directrice du Centre des politiques de la Terre.

On la présente souvent comme pionnière de l’écocritique en France, qu’elle décrit comme le « courant qui s’intéresse à la manière dont l’art intègre la question écologique ». Nathalie Blanc est à la fois artiste, géographe, auteure et commissaire d’exposition. Actuellement, elle dirige le Centre des Politiques de la Terre et co-dirige La Table et le Territoire, un programme de recherche-création autour des sciences et de l’art, le tout avec une forte dimension locale et écologique. L’objectif : rassembler des acteurs de tous horizons engagés dans la transition écologique, et promouvoir l’importance des solutions fondées sur la culture et l’art.

Rendre sensible la crise écologique

Pour Nathalie Blanc, l’art a un vrai coup à jouer, tant dans la transformation des modes de vie que des imaginaires. « Le rôle que peut avoir l’art, c’est d’abord de rendre visible des choses qui sont invisibilisées. » Pour elle, attribuer aux techniciens, scientifiques des sciences dites dures, politiciens et autres experts le monopole de la parole légitime, des savoirs et des pratiques innovantes, reviendrait à oublier tout un pan de la création contemporaine.

Les artistes sont désormais nombreux à s’emparer des thèmes de la nature et du vivant

De la performeuse serbe Marina Abramovic, qui rejoue la montée des océans dans la vidéo Rising au très conceptuel Ólafur Elíasson, à l’origine d’un langage plastique pour rendre sensibles les dérèglements environnementaux, nombreux sont les artistes majeurs qui s’emparent désormais des thèmes de la nature, du vivant ou de la disparition de la biodiversité.

En témoigne la grande exposition Jusqu’ici tout va bien ? qui a eu lieu au Centquatre, à Paris, dans le cadre de la Biennale des arts numériques Nemo 2019/2020. L’artiste Kristof Kintera y présentait Post-naturalia, une installation spéculative imaginant une néonature créée à partir de déchets électroniques. La Japonaise Momoko Seto, y montrait elle le film Planet Z, où un étrange champignon envahisseur déclenche le pourrissement de la Terre. Le public est alors projeté dans une ère post-anthropocène désertée par les humains, où seuls demeurent les descendants de leurs créations technologiques et les paysages mutants, apocalyptiques, hérités de leur passage.

Post-naturalia de Krištof Kintera
Post-naturalia de Krištof Kintera / © CENTQUATRE – Quentin Chevrier

L’écologie tendance ?

Les artistes ont clairement un coup à jouer pour nous faire renoncer à certaines habitudes

Dans un article publié en novembre 2020, le magazine Usbek&Rica interrogeait ses lecteurs. « Les artistes peuvent-ils rendre la low-tech plus glamour ? » En créant des fictions et des images autour des nuisances de l’homme sur les écosystèmes, ou à l’inverse en véhiculant par leurs œuvres d’autres modes de vie, les artistes ont un rôle à jouer. Nathalie Blanc souligne : « L’artiste en société, c’est celui dont on attend qu’il soit décalé et propose autre chose que l’existant. Même si on ne sait pas encore quoi, et même si leurs propositions peuvent parfois être mal reçues ».

À lire aussi : Rone : « Si l’écologie commence à te questionner, il faut attaquer avec ce que tu sais faire : musique, dessin, film… »

Certaines démarches n’évitent pas les paradoxes, jusqu’à jouer les équilibristes entre lanceur d’alerte et pollueur. Ólafur Elíasson a soulevé la controverse avec son œuvre Ice Watch. Pour alerter sur l’urgence climatique, l’artiste islando-danois a importé des blocs de glace du Groenland pour qu’ils fondent sous les yeux du public. Une opération au bilan carbone colossal.

Olaf Eliasson
En 2015, en marge de la COP 21 à Paris, Ólafur Elíasson va chercher 80 tonnes de glace au Groenland pour les installer place du Panthéon, dans le but d’inspirer l’action collective contre le changement climatique.

« En France, on confond souvent le land art qui est très masculin et monumental, et l’art écologique ou environnemental, qui sont pourtant deux démarches opposées. Je m’intéresse davantage à un art de la responsabilité sociale et écologique », explique Nathalie Blanc. Selon elle, il n’y a pas une mais des façons de faire des liens entre art et environnement, tout comme il n’y a pas une mais des écologies. Le plus intéressant étant de croiser les perspectives.

Quand sciences et art s’hybrident

C’est « sur le dos du cafard » que Nathalie Blanc est entrée dans la recherche. La thèse de cette ex-étudiante aux Beaux-Arts de Paris et écolo convaincue portait sur cet animal comme symbole d’une nature déconsidérée en ville. Il lui a permis d’étudier les systèmes de résistance du vivant en milieu urbain à partir des dynamiques de populations de l’animal, et les formes de cohabitation possibles avec l’homme.

Aujourd’hui, on parle de recherche-création pour tout projet qui considère que « l’artiste n’est pas seul.e dépositaire de pratiques créatives, et la.le chercheur.e, de méthodes scientifiques et d’outils conceptuels ». Ce genre d’approche se révèle particulièrement prolifique. « Nos sociétés ont autant besoin de symbolique que de concret et de techniques », estime la directrice du Centre des politiques de la Terre.

C’est le travail que développe Nicolas Floc’h. Plongeur passionné, cet artiste explore les milieux aquatiques et documente ces paysages mal connus. Dans Structures productives, il photographie des récifs artificiels conçus par l’ingénierie écologique pour permettre aux poissons de s’abriter et à la flore de pousser au sein d’écosystèmes abîmés (image en Une, ndlr.). Nicolas Floc’h se fait l’observateur de ces architectures immergées qui, en plus de laisser la nature intacte, la réparent.

Ice Watch de Ólafur Elíasson, Place du Panthéon, 2015

Son travail suit une méthodologie quasi-scientifique pour archiver l’évolution de ces récifs artificiels sur l’espace et la durée, et faire connaître ces technologies au grand public. Un geste de représentation symbolique et efficace, car créant de l’espoir tout en faisant émerger d’autres rapports possibles à l’environnement. À l’opposé, « une innovation technologique que personne ne remarque et qui n’est pas traduite symboliquement en société n’a que très peu de valeur », relève Nathalie Blanc.

Animer et faire respirer les territoires

Certaines interventions artistiques permettent de sensibiliser les habitants à la préservation de leur territoire.

Les territoires sont aussi le lieu par lequel les acteurs mettent en scène leur rapport à l’environnement et, potentiellement, se mobilisent. Certaines interventions artistiques menées localement permettent alors de sensibiliser les habitants et d’innover dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’urbanisme ou l’architecture. « Pour les artistes qui interviennent dans les territoires, le rôle est à la fois d’être pionnier, d’autoriser d’autres choses, de montrer l’exemple… Ils ont également un rôle d’animation, de respiration » confirme Nathalie Blanc.

La Table et le Territoire, le programme de recherche-création qu’elle co-dirige, est partie prenante des « Récits-Recettes ». Pour ce projet hybride, la ferme urbaine et créative Zone sensible située Saint-Denis (93) est partie à la rencontre des habitants avec une idée en tête : écouter leurs histoires de cuisine et d’habitudes alimentaires. Réciproquement, ce travail de médiation artistique a été l’occasion pour les Dionysiens de considérer leur consommation alimentaire et la provenance des aliments. Le biais de la nourriture recrée alors du lien entre citadins et environnement.

Les « Récits-Recettes » traduisent une forme d’innovation davantage sociale que technologique grâce à l’art. Ce qui ne signifie pas qu’elle n’est pas efficace. Au contraire, cette dynamique d’inclusion permet de diffuser à grande échelle un rapport au milieu de vie fondé sur le soin. On s’aperçoit des liens de réciprocité entre bien-être et préservation des milieux de vie. Mobiliser le territoire permet aussi d’intégrer les enjeux de justice.

Il ne suffira pas de végétaliser la ville pour créer une véritable écologie urbaine

Créer des densités désirées

« Quand on parle d’effondrement, on méconnaît d’une certaine manière la capacité de résistance qu’on est en mesure d’avoir sur les territoires », indique Nathalie Blanc, qui conclut : « Pour moi, la question du partage et des communs est au cœur d’une démarche écologique en ville. Il ne suffira pas de végétaliser la ville pour créer une véritable écologie urbaine. (…) On a intérêt à savoir créer des densités désirées dans les espaces urbains. Et pour créer ces densités désirées, il faut à mon sens développer la capacité à l’échelle des quartiers de créer du partage, du collectif écologique avec des coopératives agricoles, avec des manières de faire jardin ensemble… » Et l’art et la culture ont justement une forte capacité à favoriser les échanges et des actions de proximité.

Tags : ArtNatureRéflexion

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