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« On veut redonner l’envie de lutter contre les fascistes » : avec l’Orchestre du Nouveau Monde, la révolution en do majeur

par Clara Munnier
1 novembre 2025
Orchestre du nouveau monde interview militantisme musique

L'ONM lors d'une déambulation artistique engagée pour la justice sociale et l’océan ©Rémy El Sibaïe

Ils sont jeunes, engagés et jouent de la musique comme on brandit une pancarte. L’Orchestre du Nouveau Monde souhaite bousculer les codes d’un milieu souvent perçu comme élitiste et conservateur : la musique classique.

À contre-courant des formes traditionnelles de l’engagement, ces jeunes musiciens font le pari que l’art peut devenir caisse de résonance d’un message politique. Au point d’aller perturber le siège du Rassemblement national avant les élections législatives de juillet 2024 en accordant leurs instruments sur une parodie d’un chant pétainiste.

L’Orchestre du Nouveau Monde revendique une transformation radicale du milieu de la musique classique : sortie de l’élitisme, redéfinition des rapports de pouvoir, avec l’écologie comme principe structurant. Et la défense de ces causes passe par le prisme de la musique : une musique accessible où le public devient partie prenante d’un récit engagé.

Quand l’art se met au service de l’écologie et de la politique, cela donne une structure vibrante, portée par une jeunesse survoltée et persuadée que la musique peut changer le monde. Quoi de mieux que des instruments pour porter d’autant plus fort et joliment les urgences de notre époque ?

Aujourd’hui, ils sont une centaine, passionnés et animés par le désir de transmettre leur art et leurs combats. Rencontre rafraîchissante avec quelques membres de l’Orchestre, enjoués à l’idée de partager leur vision du monde.

Vous définissez l’Orchestre du Nouveau Monde comme un projet artistique engagé. Peut-on y voir une nouvelle forme de militantisme écologique et politique ?

Jorane : La musique a toujours été présente dans les cercles militants. Mais la musique classique, très institutionnelle, est beaucoup moins liée au cercle militant. Le pari de l’orchestre, c’est justement de politiser un milieu qui ne l’est pas.

Étienne Jarrier : On se voit comme un orchestre porteur de valeurs, progressiste et anticapitaliste. On partage tous un socle politique commun, avec un idéal qui nous guide. Ce qu’on veut incarner, c’est le mélange entre tradition et avenir. Tradition, parce qu’on s’inscrit totalement dans le fait d’adorer faire sincèrement bien de la musique en assumant cet ancrage culturel aristocratique et conservateur. Et avenir, car ce milieu a besoin d’être renouvelé. Il est en train de se poussiérer, et c’est pour cette raison qu’on transforme certains codes. Et si on ne le fait pas, il va mourir à petit feu.

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Justement, comment conciliez-vous musique classique, souvent perçue comme bourgeoise, et engagement anticapitaliste et climatique ?

Étienne Jarrier : Il faut déconstruire ce mythe selon lequel la musique classique serait en elle-même bourgeoise. Historiquement, les artistes et les compositeurs ont été dépendants de l’élite bourgeoise. Ils se sont complètement faits déposséder leur art à travers l’utilisation et l’appropriation de cette musique par la classe bourgeoise.

Étienne Cognet : En fait, c’était intéressant de créer cette dichotomie, de créer un contre-pied qui avait été trop peu fait. On veut reprendre les outils de ceux qui se définissent comme une élite pour mettre cette musique au service des luttes anticapitalistes.

Étienne Jarrier : D’ailleurs, au-delà de l’aspect musical, on met en acte nos engagements. Nos concerts ne sont pas pensés dans une volonté de rentabilité ; la grande majorité sont gratuits. Ce qu’il y a au centre de tout, c’est notre volonté de travailler notre art, notre artisanat et de créer une connexion avec le public. On renonce aussi régulièrement à des propositions décalées de nos valeurs. Et même si on a bien conscience de ne pas se revendiquer propre en carbone, on reste vigilants sur nos déplacements.

Comment arriver à concilier émotion et sensibilisation sur des sujets parfois lourds ?

Jorane : Ce sont deux choses qui vont vraiment ensemble. Plus il y a d’émotions, plus on sensibilise. D’ailleurs, le dernier projet de la symphonique, Fracas, a plu parce qu’il était fort émotionnellement. C’est parce qu’on transmet autant d’émotions et d’investissement dans nos projets que les messages peuvent être aussi bien entendus.

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Vous êtes allés jouer devant le siège du RN avant les législatives, devant le siège de TF1… Ce genre d’actions pourrait-il devenir plus régulier dans une société où l’extrême droite gagne du terrain ?

Jorane : C’est jouissif de faire ce genre de choses : ça démontre notre force d’action. C’est incroyable de se dire qu’en quelques jours, on est capable de mobiliser vingt musiciens pour jouer l’Hymne à la joie devant la tour de TF1. En plus, ce type d’acte permet de toucher des personnes opposées à nos idées. Ça a d’ailleurs bien fonctionné : nos vidéos ont largement circulé, y compris dans la fachosphère.

Dante : La fenêtre d’Overton se déplace de plus en plus à droite. Le débat public est biaisé : on donne la parole à certaines personnes, on en fait taire d’autres. La parole n’est plus égalitaire. Notre action permet aussi de redonner une voix à la lutte antifasciste, dans un climat où cette voix est souvent étouffée.

Étienne Jarrier : Aujourd’hui, l’expression politique change complètement. Il y a un réel enjeu de renouvellement des luttes antifascistes : on veut absolument en faire partie. Je crois que c’est de cette manière qu’on peut redonner l’envie de lutter contre les fascistes.

Vous parlez beaucoup du collectif et de la nécessité de repenser les rapports de pouvoir. Comment cela se traduit-il concrètement dans le fonctionnement de l’orchestre ?

Étienne Jarrier : Dans la plupart des orchestres, il y a une hiérarchie entre musiciens : certains sélectionnent, d’autres sont sélectionnés. En cassant ce mur-là, on crée des relations plus horizontales. Des liens d’amitié se tissent quand on abolit les barrières.

Jorane : On essaie d’introduire une notion d’horizontalité, même si ce n’est pas toujours simple. Pendant les répétitions, on prend un temps informel pour demander aux musiciens pourquoi ils s’engagent, ce qui leur tient à cœur, leur avis artistique. L’orchestre, pour nous, doit être coconstruit.

Étienne Cognet : Le collectif est aussi très féminisé. Même si notre chef d’orchestre est un homme, on est un des rares orchestres où tous nos chefs de pupitre sont des femmes. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’on est l’Orchestre du Nouveau Monde que le patriarcat s’arrête à notre porte. Il faut toujours rester attentif.

Étienne Jarrier : Et c’est justement puisqu’on réfléchit au pouvoir à l’intérieur du groupe qu’on ne peut pas ignorer ce qui se passe autour. Aujourd’hui, les institutions politiques, culturelles, institutionnelles sont extrêmement opaques quant aux violences dans les milieux culturels. Les conservatoires protègent énormément les professeurs, alors que certains sont des personnes violentes physiquement ou psychiquement envers leurs étudiants. Pourtant, il n’y a personne dans le monde de la musique qui a une parole forte. On déplore le silence assourdissant des stars qui se taisent, parce qu’ils ont un contrat de disque, parce que leur ancien professeur leur a filé un tuyau. Il faut que ça change, même s’il faut que ça se fasse par des personnes qui ont à peine vingt ans et qui sont encore en études.

Tags : InterviewMilitantismeMusique

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