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Marseille : une expo exhume les récits oubliés de la Méditerranée, des traversées aux écosystèmes fragilisés

par Manon Falloux
17 juin 2026
Marseille : une expo exhume les récits oubliés de la Méditerranée, des traversées aux écosystèmes fragilisés

Mémorial to the drowned d'Aïcha Snoussi © Marc Domage

Entre vestiges archéologiques, récits oubliés et écosystèmes menacés, Ce que la mer garde. Mémoires de la Méditerranée questionne la manière dont se construisent les mémoires collectives et révèle ce que les profondeurs marines disent de notre rapport au vivant. L’exposition est visible jusqu’au 30 août à Marseille au Centre de la Vieille Charité.

Que reste-t-il de ce que la mer efface ? Si elle conserve dans ses eaux des fragments, des indices, elle les altère également, les isole, les rend méconnaissables. La mémoire qui en émerge est donc nécessairement morcelée. Mais aussi façonnée par des récits dominants qu’il convient de compléter, contester ou réparer à partir de l’art.

« Depuis des millénaires, la Méditerranée recueille les traces de passages humains, de vies légendaires et ordinaires, de savoirs transmis et d’histoires tues », pose Hannah Bidoire. Chargée de la programmation au Centre de la Vieille Charité, cette dernière fait dialoguer, au sein de l’exposition, objets archéologiques du musée d’histoire de Marseille et œuvres contemporaines. 

L’archéologie fictive pour réparer les mémoires

Quatre artistes issus de différentes disciplines – Aïcha Snoussi (arts plastiques), Elias Kurdy (sculpture et installation), Jeff Daniel Silva (cinéma documentaire expérimental) et Aurélie Darbouret (photographie) – font de la Méditerranée un lieu de rencontre et de conflits  entre présence humaine et écosystèmes fragilisés, entre mémoire officielle et récits oubliés : ceux des migrants, des victimes de conflits ou de colonisation. 

 

Dessin préparatoire à l’installation de la Sépulture aux noyé.e.s d’Aïcha Snoussi © Aïcha Snoussi

Avec Sépulture aux noyés, l’artiste tunisienne Aïcha Snoussi nous livre une installation composée de centaines de bouteilles de verre empilées pour former un arc de cercle. Le monument qu’elles forment figure une découverte archéologique imaginaire : une sépulture composée de messages, de récits, de rêves, de dessins, qui auraient été placés dans ces bouteilles pour rendre hommage aux disparus en mer. Cette histoire fictive rappelle celle, bien réelle, des migrants.

« La mission archéologique ressort de sous l’eau une histoire particulière mais qui est aussi toute les histoires de noyades ; il n’y a pas qu’une seule noyade ». 

Elias Kurdi utilise lui aussi l’archéologie fictive. L’artiste franco-syrien présente des « vestiges feints », c’est-à-dire de faux objets archéologiques qui miment l’usure du temps. En montrant des scènes de pêche, de guerre ou de noyade mais en les privant de contexte, ses œuvres interrogent la manière dont les récits sont toujours construits à partir de fragments incomplets. Par ce même processus, il les transforme en mémoire collective qui témoigne des traversées violentes et de la fragilité des corps.

Elias Kurdy, Untitled (Wall panel n°1) Courtesy de l’artiste

La Méditerranée, une archive fragile

La mer « garde » ainsi les récits, mémoires et corps qu’elle a englouti mais aussi les traces des activités humaines (pollution, surfréquentation, dégradation des fonds…) qui bouleversent son écosystème. À travers une installation immersive visuelle et sonore, l’Américain Jeff Daniel Silva et la Française Aurélie Darbouret, tous deux artistes et anthropologues, plongent le public dans les fonds marins de la baie de Marseille. 

En rendant perceptible les transformations que les activités humaines imposent aux écosystèmes marins, et la manière dont ces derniers subissent ou s’adaptent à elles, ils nous invitent à réfléchir sur nos responsabilités collectives et sur les façons de protéger un monde marin déjà profondément impacté. 

À lire aussi : « M’engager sur le terrain, ça me permet de me sentir moins impuissante dans ce monde si fou » – Camélia Jordana

Que reste-t-il de ce que la mer efface ? Face aux traces dispersées, aux récits lacunaires et aux preuves fragiles, l’art ébranle les mémoires officielles et redonne une place à ce qui a été oublié ou invisibilisé. L’exposition rappelle aussi que l’écologie est une question de mémoire : lorsque des espèces, des paysages ou des modes de vie disparaissent, c’est une part de notre histoire commune qui s’efface avec eux.

Ce que la mer garde. Mémoires de la Méditerranée, à voir jusqu’au 30 août au Centre de la Vieille Charité, à Marseille.

Tags : ArtEnvironnementExpositionOcéan

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