Le festival rennais Maintenant n’a peut-être jamais aussi bien porté son nom. Situé depuis 2001 à l’avant-garde des esthétiques numériques ou technologiques, voici l’événement de l’asso Electroni-k devenu, au fil des éditions et en toute logique, la caisse de résonance artistique des inquiétudes et désirs de notre temps.
Du 1er au 11 octobre, une foule de performances, installations participatives, rencontres et concerts vont ainsi emplir divers espaces de la métropole bretonne (Les Ateliers du Vent, Jeu de Paume, Basalt…). Avec le point commun d’exprimer de très près ou d’un peu plus loin les multiples crises actuelles – du sensible, de la santé, du temps, du pouvoir… – par des formes à la fois techniques et sensibles. Nous en dressons une courte sélection plus bas.
Fidèles de l’ADN du festival, les musiques électroniques restent un fil conducteur (les sets de DJ Startup ou Sugar Tantine sont attendus). Mais c’est pour mieux en affirmer les valeurs constantes : la culture n’a jamais eu autant besoin d’être artisanale – et donc forcément locale et sobre – pour mieux s’imaginer et se vivre par la marge, dans l’expérimentation et de manière collective.
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Car c’est là, sous ses couleurs pop et ses habits de fête, dans des temps et des espaces qui échappent – encore un peu – au contrôle, qu’elle concrétise des formes de résistance. À l’image de ces « Now Bodies », l’identité visuelle de cette édition (en Une) par la Brésilienne Rafaela Mascaro : un écosystème de créatures à la fois familières et étranges, compagnes mouvantes de cette quinzaine d’exploration.
1. Elly Oldman : La Planète d’Au-Dessus de la Terre

Bienvenue dans le monde imaginaire de Mattie, petite fille submergée par l’éco-anxiété qui pour se rassurer invente une planète parallèle farfelue et accueillante. Patatras, le voici plastifié par le méchant Platastique, auquel Mattie va devoir s’opposer aux côtés des habitants.
Imaginée par l’illustratrice rennaise Elly Oldman, réputée depuis 2017 sur les réseaux pour son projet @theinfinitedrawing, La Planète d’Au-Dessus de la Terre est une fresque en quatre aventures, pensée pour tous les âges. Et un vrai remède à l’immobilisme.
Par le jeu – des formats « cherche et trouve » enrichis par un jeu vidéo mobile – et pas mal d’humour, chacun·e explore cet univers décalé en glanant des infos et des outils pour se redonner du pouvoir d’agir, à son niveau. Une création accompagnée et produite par Electroni.
2. Guillaumit : BlockSmog
Comment rendre tangible l’invisible violence de la pollution atmosphérique ? L’artiste plasticien Guillaumit répond à ce défi techno-critique avec le projet BlockSmog.
Structurée autour d’un triptyque graphique saisissant et d’une application en réalité augmentée interactive, la création intègre des machines captant en temps réel la qualité de l’air du lieu d’exposition. Ces données environnementales altèrent directement les mécaniques des jeux vidéo proposés, rendant compte visuellement de l’impact de nos modes de vie.
Prolongée par le test interactif BlockSmog: Eco Feelings issu du projet européen Transition to 8, l’œuvre traduit des données biométriques et citoyennes pour explorer nos réactions affectives face au désastre. Guillaumit détourne les outils numériques pour dépasser le simple constat scientifique et transformer la mesure de l’air en une prise de conscience politique et poétique.
Une création art et sciences accompagnée et produite par Electroni, en coproduction avec Stereolux et Rotondes Luxembourg, lauréate du premier appel à projet d’EFFEA.
3. Paul Vivien : L’Harmonie De Notre Absence
Amoureux de l’ingéniosité low-tech, explorée au sein du collectif Oyé, le Rennais Paul Vivien propose cette installation audiovisuelle d’une sobriété exemplaire. Une platine vinyle détournée lit des 33 tours audiovisuels : face A, des maquettes sculptent des paysages terrestres après la disparition de l’être humain, captées par des micro-caméras ; face B, une composition musicale résonne.
À l’écran, des paysages géologiques apparaissent, prétexte à partager ces futurs possibles. Élaborés à partir de données scientifiques, géologiques et climatologiques, l’artiste imagine des entités numériques intégrées aux équilibres naturels, capables de coopérer avec leur environnement plutôt que de le dominer.
Entre prospective technologique, poésie visuelle et réflexion écologique, ses œuvres esquissent de nouveaux récits où ingéniosité et vivant coexistent. Comme une balade vidéo entre technologies, formes sensibles et science-fiction, rendue plus vivante ou réelle par la proximité technologique.
4. David Lazar : inference_commons

Le sujet est on ne peut plus d’actualité. Quelle forme de gouvernance pour les intelligences artificielles et des infrastructures informatiques ? Situé à la croisée du développement informatique et de la création artistique, l’artiste et chercheur roumain et britannique prend le sujet à contre pied, pour invoquer la puissance politique ancestrale du feu de conseil.
Car voilà bien le symbole d’un pouvoir – mais aussi d’un espace de dialogue, d’écoute et de décision – à partager collectivement afin d’éviter la catastrophe et en distribuer les bénéfices. Bien au contraire de l’exemple des entités du numérique, prolongement jusqu’à l’absurde (et la nausée) du modèle capitaliste.
L’installation de David Lazar propose alors d’envisager la technologie du calcul informatique comme un bien commun, dont nous devons prendre soin et en assumer ensemble la responsabilité.
5. Natasha Pirard : Fernande, Cecile
Enfin, un coup de cœur pour la performance Fernande, Cecile créée par la musicienne belge Natasha Pirard, et dont la musique fut mixée – excusez du peu – par David et Stephen Dewaele de Soulwax/2manydjs.
Entre ambient et électronique expérimentale, mêlant voix, field recordings, synthétiseur et violon, l’artiste puise dans ses souvenirs pour évoquer le jardin de la grand-mère en pleine floraison, les mûriers dans la lumière, le chant de son oiseau préféré… Et poser, plus que composer, l’émotion d’une lignée maternelle touchée par les effets de la maladie d’Alzheimer.
Une œuvre d’une nostalgie contagieuse, délicate et fragile, qui exprime aussi par là ce brin de vie aussi ténu que vital : la poésie.
Retrouver toute la programmation du festival Maintenant, du 1er au 11 octobre 2026, sur le site de l’événement.






