Cinq jours sans alcool, ni drogues, ni viande, ni téléphone : chiche ? Cet été, on est partis dans la campagne bourguignonne expérimenter Dharma Techno, le festival qui alterne danse et silence, entre méditation et musique électronique. Et sur les tapis du chapiteau, on a peut-être retrouvé l’essence de la fête.
Un grand champ au bord d’un petit étang, tout au fond de la Saône-et-Loire ; une centaine de voitures et de tentes dressées autour d’un grand chapiteau rouge et blanc : mais non, ceci n’est pas une rave. Lancé en 2019, Dharma Techno Festival, avec son format de cinq jours entre retraite de méditation et festival de musique électronique, sans drogues ni viande ni alcool, a trouvé sa place à la fin du mois d’août, dans les alentours de Louhans.
Même les gendarmes de la région, qui nous ont fait souffler dans le ballon pour le principe le dimanche en repartant, ont fini par comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une free party – ou alors de celles pour se libérer l’esprit.
Un programme qui repose l’esprit
Le programme quotidien, affiché à la craie sur un tableau du côté de l’espace restauration, est d’ailleurs taillé pour que les quelque 280 participants de ce Dharma Techno 2026 se reposent l’esprit. Les journées sont entièrement balisées et démarrent par un réveil au gong à 6h45 pour une première méditation (optionnelle), avant le petit-déjeuner à 7h45. A 9h15, la trentaine d’enfants et ados rejoignent les ateliers cirque et MAO, pour créer un spectacle et des musiques qui seront présentées à tout le monde en fin de festival.
Le soir, on sent toute l’énergie accumulée la journée se déployer sur le dancefloor.
A 9h45, après les tâches collectives, démarre une première période de silence rythmée par deux méditations guidées par Denis Robberechts, qui enseigne la méditation avec son association Dharma Nature. Entre les méditations, on peut participer à une session de « mouvement » menée par Yanelle, des ateliers très ludiques de 45 minutes qui invitent au lâcher-prise, entre massages, présence au corps et danse intuitive. Des moments de partage qui ne sont pas pour rien dans l’excellente ambiance qui règne sur le camp.

A 12h15, c’est l’heure du repas, 100% végétarien et pris tous ensemble. A table, après cette période de silence, les conversations fusent : ça discute nature, du pouvoir des algues, du mystère des réseaux mycéliens mais aussi de la crainte qui s’installe parmi les collectifs de free parties après le vote de la loi Ripost.
L’après-midi, jusqu’au repas du soir, c’est le même programme : les enfants repartent faire des acrobaties, les adultes retournent au silence, entre sessions de méditation et de mouvement, avant en fin de journée, le discours de Denis (des réflexions sur des sujets divers, tous en lien avec la liberté et la connaissance de soi) et le repas.
Des moments de danse extatiques
Et quand la musique démarre, un peu avant 20h et jusqu’à 23h, on sent toute l’énergie accumulée la journée se déployer sur le dancefloor – où l’on danse sans chaussures, sur les mêmes tapis sur lesquels on a médité plus tôt. Les soirées sont une expérience en soi : les gens dansent tous de manière animale, tous comme si personne ne les regardait, tous avec un énorme sourire aux lèvres : une fête purement joyeuse, une invitation psychique et physique à lâcher prise et à tomber le masque – mais aussi une ultra-connexion qui peut se révéler aussi extrême que le silence.
« C’est vrai que les périodes de silence peuvent être intenses », convient Denis. « On ne fait pas la police, mais il y a vraiment une intention de cultiver le silence pendant trois heures le matin et trois heures l’après-midi. Car c’est ce silence qui ravive notre sensibilité, et nous permet d’être témoins des émotions, pensées, et de tous les moindres petits mouvements qui se produisent dans notre univers intérieur. Après, il y a des gens qui vont être plus confortables dans le silence et d’autres plus confortables dans le social. Donc tout le monde est un peu au défi dans un contexte comme celui-ci. »
Les participants de Dharma Techno sont de toute façon venus pour se challenger et se confronter à eux-mêmes. Cinq jours à méditer et danser, sans alcool, sans drogues, sans viande, sans téléphone, sans parler ou presque – vous en seriez capables ?
« Maintenant, c’est mon festival préféré »
« Le programme est exigeant », estime Victor, fonctionnaire, la trentaine, venu de Paris avec un ami pour « rencontrer de nouvelles personnes plus alignées avec ce que je suis aujourd’hui », mais aussi pour raffermir sa pratique de la méditation, sur laquelle il avait « un peu levé le pied » ces derniers temps. Et ce format entre festival et retraite lui semblait parfait pour relancer la machine. « Quand j’ai entendu parler de ce festival, je me suis dit que techno et méditation, c’était un bon combo, ça me parlait beaucoup. Je le vois plus comme une retraite qu’un festival, mais c’est exactement ce que je recherchais à cette période de ma vie. »

C’est pareil pour Olivia alias Inoha, une artiste de musique électronique qui avait joué un live à Dharma Techno il y a deux ans (elle sera présente pour clôturer la retraite d’hiver de Dharma Techno en décembre 2026, dans le Vercors) : elle trouve beaucoup plus facile de méditer en groupe que toute seule à la maison. Le rassemblement constitue ainsi une porte d’entrée vers la méditation pour les gens qui viennent de la scène électronique, mais aussi un tunnel vers la techno et la danse pour celles et ceux qui viennent des milieux spirituels, le tout dans une ambiance incroyablement bienveillante.
La preuve, la première année, pas au courant du régime végétarien du festival, Inoha avait amené… un poulet de Bresse, « la spécialité de la région », pour le pique-nique. Un “faux pas” sans conséquence : « Tout le monde a rigolé. C’était incroyable, j’étais tellement surprise de l’accueil. Maintenant, c’est mon festival préféré. Je reviens très souvent, j’adore l’esprit tribu. »
L’impression d’être porté par une vague
On retrouve cet esprit communautaire à tout instant dans la vie de ce petit village éphémère, dans les échanges et les sourires permanents entre les gens qui poursuivent cette même « recherche de liberté » qui est le lien entre le mouvement techno et la méditation, comme dit Denis.
Pour certains, la libération s’est opérée sur le dancefloor, où les gens dansaient de manière instinctive dans une atmosphère solaire, notamment le samedi soir sur le set de house progressive du DJ Meltdown Mickey des Spiral Tribe (à écouter ici, coupure de courant incluse). D’autres se sont libérés lors du cercle de parole sur le thème de l’addiction, un des moments forts de la semaine, avec de nombreux témoignages de gens qui ont connu ou connaissent encore des problèmes de dépendances, et qui cherchent à travers la méditation et l’exploration du soi une façon de calmer leurs pulsions.
« Il y a quelque chose d’hyper nourrissant »
« La méditation permet d’accéder à des espaces où toutes les injonctions de la société n’apparaissent pas, explique Denis. On est là, on est posé, on est tranquille. Il y a quelque chose d’hyper nourrissant. Et de connaître cet endroit-là, c’est salvateur. Et quand on peut aller à cet endroit-là sans prendre de substances, on accède à une notion de liberté qui est très différente. »
Nourrissant, c’est la sensation qui revenait le plus souvent dans la bouche des participants lors du cercle de clôture de Dharma Techno le dimanche. Nombre de participants racontaient comment, lors des éditions précédentes, ce rassemblement leur a donné l’impression d’être portés par une vague lors des semaines et des mois suivants, tandis que d’autres se demandaient comment exporter cet esprit dans les soirées techno près de chez eux.
« C’est le principal retour qu’on a sur Dharma Techno : c’est le seul festival dont on repart plus en forme qu’en arrivant », explique Florent Gauthier, le cofondateur du festival avec Debbie Griffith des Spiral Tribe. « En principe, c’est plutôt l’inverse : tu repars sur les rotules après quatre jours de bamboche. Là, les gens repartent avec plein d’énergie, plein de belles ondes. Et après, ça circule autour d’eux. »
Suivre Dharma Techno sur le site Internet du festival.
Et ici pour rejoindre la retraite d’hiver de Dharma Techno en décembre 2026.






