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Patrick Scheyder : « L’art et la culture peuvent aborder l’écologie en s’adressant aux émotions »

par Baptiste Thomasset
16 février 2023
Maison Ecologie Culturelle Patrick Scheyder

©HitoshiSuzuki

Remettre la culture au cœur de l’écologie, c’est le crédo des auteurs du Manifeste pour une écologie culturelle. Le collectif propose de s’appuyer sur l’histoire, les arts, ou la philosophie pour faire « culture commune » face aux défis climatiques et environnementaux. Rencontre avec Patrick Scheyder, initiateur du mouvement, pour évoquer la nouvelle ambition du collectif : essaimer des Maisons de l’écologie culturelle partout en France.

Patrick Scheyder est pianiste, compositeur et écrivain. Depuis 2006, il parcourt la France avec ses spectacles Musiques aux jardins, des concerts de piano en plein air accompagnés de lectures de texte par des acteurs ou des personnalités comme Camille Etienne ou Erik Orsenna. En 2022, il s’est associé avec Nicolas Escach, Ariane Ahmadi et Pierre Gilbert pour initier le mouvement de l’écologie culturelle. Le collectif a publié deux manifestes en mai et décembre dernier pour appeler à « renouer avec ce que l’écologie porte d’intime, de psychologique et d’émotionnel ».

Comment définir le concept d’écologie culturelle qui est à l’origine de la création du collectif et des deux manifestes que vous avez publiés l’année dernière ?

Patrick Scheyder : Nous sommes partis du constat que l’écologie est aujourd’hui coincée dans un étau entre la science et la politique, qui ne suffisent pas à convaincre les citoyen·nes. Même s’il est très important d’écouter les scientifiques et de se mobiliser, nous pensons que l’écologie est avant tout une affaire culturelle.

L’art et l’activisme doivent se rencontrer parce qu’avec l’art, tout devient possible

La culture et les arts sont les moyens les plus pertinents pour sensibiliser les citoyen·nes, pour les rendre sensibles au monde qui les entoure. Nous pensons que l’écologie doit être présente dans tous les recoins de la société, ce n’est pas un sujet réservé aux spécialistes ou aux activistes. Et c’est la culture qui permettra de la faire sortir de sa niche pour en faire une affaire commune qui nous rassemble.

La culture permet de parler d’écologie d’une nouvelle manière, en s’adressant directement aux émotions. L’art et l’activisme doivent se rencontrer parce qu’avec l’art, tout devient possible, on peut tout montrer et tout faire entendre. La méthode artistique est très libératrice.

À lire aussi : Camille Étienne : « Notre combat ? Déconstruire ces mythes que nous prenons pour réels »

Alors l’écologie culturelle c’est inviter tous·tes les citoyen·nes à s’emparer de ces questions à travers la création artistique, manuelle ou intellectuelle. Nous pensons que pour créer le monde d’après, il faut inventer de nouvelles idées, de nouvelles sensibilités, regagner des espaces de liberté par rapport au réel que l’on voit tous les jours et qui peut être anxiogène. L’écologie a besoin d’être plus créative.

Dans les faits, comment la culture peut-elle nous accompagner pour faire face aux défis écologiques ?

Patrick Scheyder : La vertu d’une culture c’est de nous rassembler et de nous rassurer avec des récits, des symboles, des rites, des cadres imaginaires partagés par tous. Pour mobiliser autour de l’écologie, on ne peut pas se passer d’une culture écologique commune.

Par la création artistique ou intellectuelle, on peut s’autoriser à imaginer un futur désirable, en s’inspirant des idées et des luttes du passé

Pour cela, il faut notamment se reconnecter avec les racines de l’écologie, qui a été portée dès le début par des artistes. Saviez-vous que l’autrice George Sand avait rédigé un manifeste écologiste dès 1872 ? Elle s’est mobilisée, en compagnie d’autres artistes, pour pousser Napoléon III à sanctuariser 1000 hectares de la forêt de Fontainebleau. Une première mondiale, 11 ans avant la création du parc naturel de Yellowstone aux Etats-Unis.

Comprendre l’histoire de l’écologie permet d’ancrer notre action dans une dimension historique, de redonner du sens à nos luttes. Ça nous montre aussi le rôle qu’ont toujours joué l’art et les artistes dans l’activisme. C’est d’ailleurs ce que fait aujourd’hui le collectif Minuit 12 cofondé par Camille Étienne, en utilisant la danse pour sensibiliser les citoyen·nes.

C’est ce que vous appelez « l’écologie en trois dimensions » ?

Patrick Scheyder : Exactement. Aujourd’hui on ne vit que dans une seule dimension, celle du présent qui est très anxiogène. On ne parvient pas à envisager le futur qui nous promet d’être terrible, et nous sommes coupés de nos racines du passé par les enjeux écologiques qui nous semblent inédits. Avec l’écologie culturelle, nous proposons de recréer de l’espoir. Par la création artistique ou intellectuelle, on peut s’autoriser à imaginer un futur désirable, en s’inspirant des idées et des luttes du passé.

Avec le collectif, vous appelez à la création de « Maisons de l’écologie culturelle » partout en France. Comment ces lieux peuvent permettre de mobiliser les citoyen·nes et de porter un nouveau regard sur l’écologie ?

Patrick Scheyder : L’inspiration ce sont les Maisons de la culture qui ont été mises en place partout en France à l’initiative d’André Malraux après la Seconde guerre mondiale. Le pays était en train de se reconstruire et beaucoup de repères avaient été brouillés pendant la guerre. Ces lieux permettaient de rassembler les citoyen·nes autour de la culture et de réaffirmer des racines communes pour redonner du sens à la vie d’après.

Les Maisons de l’écologie culturelle permettront à tout le monde de s’emparer de l’écologie à sa manière

Les Maisons de l’écologie culturelle, c’est une déclinaison actuelle du projet de Malraux. Ces lieux permettront à tout le monde de s’emparer de l’écologie à sa manière. Ce seront des lieux de vie, de création, de lecture, de discussions, et d’éducation populaire. Avec l’objectif de rassembler des personnes de toutes les couches sociales et de toutes les générations, au-delà des préoccupations habituelles, pour définir ensemble ce qu’on veut, inventer de nouveaux modèles.

Le plus important c’est que chaque Maison de l’écologie culturelle ne ressemble pas aux autres. Chacune ayant sa propre identité en fonction du territoire dans lequel elle s’ancre et des personnes qui s’en emparent. Et beaucoup de lieux nous ont déjà contactés pour porter une démarche d’écologie culturelle. Le campus des Transitions de Sciences Po Caen va bientôt devenir la première Maison de l’écologie culturelle.

À lire aussi : « S’autoriser l’imaginaire pur peut nous permettre de dépasser le pessimisme ambiant »

Ça peut être des bibliothèques, des lycées, des tiers-lieux, des jardins, des universités. L’idée c’est d’investir des lieux pour proposer des spectacles, des ateliers d’artisanat, des débats, des fêtes, des expos… Dans mon imaginaire, ça ressemble à un mélange entre un marché, une taverne et un lieu culturel !

Plus d’informations sur le site de L’Écologie culturelle.

Tags : ArtInterviewRéflexionTiers-lieux

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