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À Lyon, l’association Graines Électroniques imagine le futur des festivals à vélo

par Baptiste Thomasset
19 juillet 2024
À Lyon, l’association Graines Électroniques imagine le futur des festivals à vélo

Pour les convois vélos, les Graines font appel à leurs "DJ embarqué·es"

Alors que les mobilités représentent la grande majorité de l’empreinte écologique des événements, les Lyonnais·es de Graines Électroniques font partie des organisations qui, partout en Europe, se mobilisent pour placer le vélo au cœur des festivals. Pistes cyclables, cyclo-logistique, vélo-parade… Face aux obstacles, l’association multiplie les expérimentations et invente, autour de la petite reine, les fêtes de demain.

Mercredi 8 mai 2024, 11h. À Lyon, dans une petite salle de réunion à la pointe de la Confluence entre le Rhône et la Saône, le débat fait rage. La batterie externe ? Trop lourde, mais bien utile si on utilise une application pour s’orienter. Combien de litres d’eau à prévoir ? Pas trop, on peut remplir sa gourde près des cimetières. Une carte papier, ça suffit ? On fait comment pour la tente ?

Avec quelques yeux fatigués qui témoignent de la soirée d’ouverture du festival Nuits sonores qui s’est tenue la veille, une petite dizaine de participant·es sont réuni·es autour d’Oriane Pontet et Lindsy Reynold, co-fondateur·ices de l’association indépendante Graines Électroniques. L’atelier, intitulé « Venir à vélo en festival » et organisé dans le cadre du Nuits sonores Lab, invite à élaborer les bagages et la feuille de route d’un·e cyclo-festivalier·e modèle. De quoi ouvrir la discussion sur les obstacles, nombreux mais surmontables, qui freinent le choix de la petite reine lorsqu’il s’agit de se rendre à un événement.

Il faut considérer le voyage comme une partie du festival, une fête en soi

Une aventure encore difficile

La sécurité en premier lieu : difficile d’envisager le voyage sereinement sans itinéraires sécurisés, pistes cyclables ou sans parking sur place. Vient ensuite le matériel, qui « peut être facilement loué, mutualisé ou emprunté à des potes si on s’organise en avance », rassure Lindsy.

« Quand on a commencé, les DJ étaient assis·es en tailleur sur la remorque avec leur contrôleur posé sur une caisse » ©Tony Noel

De son côté, Oriane anticipe les questions sur le temps de trajet. De quelques dizaines de minutes pour un festival à côté de chez soi à un trip de quelques jours, seul ou en grand groupe, « il faut considérer le voyage comme une partie du festival, une fête en soi », conseille-t-elle, avant de prévenir, l’expérience parlant : « ne jamais oublier de préparer le voyage retour, car c’est la même chose, l’excitation en moins et la fatigue en plus ».

À ce sujet, les participant·es à l’atelier déplorent unanimement le manque de places dédiées aux vélos dans les trains en Europe. Un constat déjà dressé en 2021 par la European Cyclists Federation qui a évalué 68 compagnies de trains européennes sur six critères de facilité d’accès pour les cyclistes, n’attribuant la note moyenne de 50/100 qu’à 16 d’entre elles.

À lire aussi : À Rennes, on a survécu à 28h de marathon créatif pour réimaginer les mobilités des festivals

En France, depuis un décret de 2021, la grande majorité des trains doivent pouvoir accueillir au moins 8 vélos. Mais ce chiffre reste encore largement inférieur à la demande des voyageur·euses quotidien·nes et des cyclotouristes. « On ne peut pas imaginer une vraie transition vers les mobilités douces des grands festivals tant que les trains ne seront pas plus adaptés au vélo, explique Oriane. C’est à chaque fois une petite source de stress qui pourrait être évitée ».

Vélorutionner les mobilités

Également festival mêlant art et écologie au cœur de Lyon, Graines Électroniques cherche avec cet atelier à s’attaquer au plus gros poste – et de loin – d’émissions de gaz à effet de serre des festivals : les mobilités du public. Le vélo s’avère être un allié précieux dans la décarbonation des événements du secteur culturel, en tant qu’alternative à la voiture individuelle aujourd’hui choisie par la grande majorité des publics – jusqu’à 82% pour les événements en milieu rural en France.

On ne peut pas imaginer une vraie transition vers les mobilités douces des grands festivals tant que les trains ne seront pas plus adaptés au vélo

Mais comment inciter les publics à monter en selle ? Partout en Europe, des festivals expérimentent : locations de vélo dédiées au festival Musik i Lejet de Tisvildeleje, au nord du Danemark, des tickets gratuits pour les festivalier·es venu·es à vélo au Psy-Fi Festival (Pays-Bas) ou encore le festival de cinéma « Bike-in » dans la région du Frioul-Vénétie julienne, au nord-est de l’Italie – version cycliste du drive-in américain.

Pour Graines Électroniques, ça commence en montrant que c’est possible, et en accompagnant les motivé·es à tenter l’expérience. Cet été, « les Graines » organiseront ainsi un grand convoi vers le parc Miribel Jonage où se tient le festival Woodstower. Une incitation qui a déjà fait ses preuves ailleurs, du No Logo Festival dans le Jura aux grandes vélos-parades rythmées de DJ sets organisées par les Breton·nes du festival Art Rock.

Au-delà des enjeux pratiques et financiers, l’association lyonnaise envisage aussi les mobilités comme un enjeu d’imaginaire collectif. En ce sens, Oriane et Lindsy pointent l’importance de rendre le vélo désirable et de combattre les images de confort, de plaisir et de facilité encore associées à la voiture. Un propos qui part autant des convictions écologiques que d’un réel amour des bicyclettes.

« Mon vélo ? C’est l’objet que je choisirais si je ne devais en garder qu’un… si on ne compte pas les lunettes » s’amuse Oriane lorsqu’elle évoque les derniers festivals qu’elle a visités à coup de pédale. À son tour, Lindsy évoque le « bonheur de rouler en peloton en ville », la fierté d’arriver sur les sites de festival à vélo et les rencontres parfois improbables qui naissent de ces voyages collectifs.

À lire aussi : Festivals en mouvement : comment passer la seconde sur les mobilités durables

C’est le genre de fête qui montre que la fête et la culture seront toujours là quand il n’y aura plus de pétrole

Les cyclo-fêtes de demain

En attendant, ces écolo-fêtard·es s’appuient sur le vélo pour inventer les fêtes de demain. Avec l’association La Poursuite, spécialisée dans la tournée des artistes à vélo, Graines Électroniques donne vie chaque été depuis 2022 au festival Ta Belle Allure sur le plateau de la Croix-Rousse, au cœur de Lyon. Organisé 100% en cyclo-logistique, l’événement accueille des DJ sets, des conférences, du cirque, des expos, et une déambulation festive qui rappelle ce qui se fait ailleurs en Europe avec les Drum’n’Brakes du DJ Dom Whitting.

« C’est le genre de fête qui montre que la fête et la culture seront toujours là quand il n’y aura plus de pétrole » s’enthousiasme Lindsy. Loin de n’être qu’une contrainte, la cyclo-logistique façonne l’organisation en profondeur. « On repense la temporalité de l’événement en privilégiant le temps long, on privilégie l’ultra-local et la sobriété pour limiter et valoriser tous nos coups de pédales raconte Oriane. On met vraiment du corps et on donne de nous-mêmes pour que l’événement ait lieu, c’est encore plus satisfaisant ».

À lire aussi : Sono low-tech, scéno champi… : voici les 5 lauréats Arviva 2023 pour un spectacle vivant plus durable

« Une des joies de la cyclo-logistique, c’est aussi l’endorphine »

Pour beaucoup d’artistes, le festival Ta belle allure est inédit. Des runs à vélo depuis la gare jusqu’au transport du matériel en vélo-cargo, ces dernier·es voient la plupart de leurs appréhensions levées une par une : en suis-je capable ? Le matériel va-t-il être abîmé ? Comment sangler un vélo-cargo ? Il y a-t-il un risque à alléger la scénographie ?

Ce joyeux « laboratoire de la cyclo-logistique » donne ainsi à voir des pratiques concrètes et ancrées, partagées au sein des multiples réseaux dont font partie les deux associations organisatrices – notamment le tout récent Réseau des événements éco-responsables porté par l’association Aremacs.

Car à Lyon, comme en Europe, la transition écologique des festivals ne se fera sans esprit d’équipe. À l’image de l’organisation britannique Ecolibirum qui propose des guides du transport durable à destination de l’industrie musicale, ou du projet Festivals en mouvement réunissant une cinquantaine de festivals français autour des mobilités durables. Autant d’initiatives capables de planter les graines d’une transition écologique désirable de la culture.

Cet article a été produit grâce au soutien du réseau Reset! et est disponible en anglais sur le site du réseau.

Tags : FestivalMobilitéTransport

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