Pas de résultat
Voir tous les résultats
Pioche!
Pas de résultat
Voir tous les résultats
Pioche!
Pas de résultat
Voir tous les résultats

« Ces oeuvres ne sont pas naïves, elles sont vivantes », avec l’expo « Passeurs », Trudruà Macuxi réunit sept artistes autochtones qui refusent qu’on parle à leur place

par Manon Falloux
22 juin 2026
« Ces oeuvres ne sont pas naïves, elles sont vivantes », avec l’expo « Passeurs », Trudruà Macuxi réunit sept artistes autochtones qui refusent qu’on parle à leur place

MAHKU (Ibã Sales Huni Kuin, Canto de cura, 2026)

Que voit-on vraiment quand on regarde l’Amazonie ? Jusqu’au 18 juillet, l’Espace Frans Krajcberg accueille Passeurs, une expo dans laquelle sept artistes d’Amazonie brésilienne dévoilent ce que la forêt cache à ceux qui ne savent pas la lire. Rencontre avec Trudruà Macuxi, sa commissaire. 

« Pendant longtemps, ce sont des spécialistes étrangers qui parlaient sur les autochtones. Maintenant, c’est à nous d’occuper cette place. » Trop souvent racontés par d’autres, les peuples autochtones reprennent aujourd’hui la parole. Avec Passeurs, ils donnent à voir une forêt peuplée d’esprits, habitée par des relations entre humains et non-humains. Mais surtout une Amazonie contemporaine, à contre-courant des clichés auxquels elle est si souvent cantonnée. 

Dans ces œuvres, la forêt ne se résume pas à un décor luxuriant. C’est un territoire vivant, traversé par des savoirs ancestraux, des luttes contemporaines et des présences invisibles. Entre peintures, dessins et récits en langue yanomami ce sont ces réalités que Jaider Esbell, Joseca Yanomami, Liça Pataxoop, Aycoobo, Duhigó Tukano, Ehuana Yanomami, et Ibâ Salles Huni Kuin, à la fois artistes mais aussi leaders, chamans ou éducateurs issus de six peuples différents, s’attachent à nous transmettre. Alliant technologie et ancestralité, l’association Povos da Terra nous présente même un jeu vidéo inspirés de la cosmologie Huni Kuin.

Trudruà Macuxi © RFI

À la tête du projet, Trudruà Macuxi, autrice, chercheuse en littératures autochtones et commissaire de l’exposition. Descendante du peuple Macuxi, elle œuvre à faire entendre des voix longtemps tenues à l’écart des récits dominants. Pour elle, l’art n’est pas seulement un moyen de transmettre une culture : c’est aussi un espace de résistance politique, de réappropriation de l’histoire et de défense des territoires. 

Pourquoi est-ce particulièrement important pour vous, artistes autochtones, de pouvoir raconter vous même votre propre culture ?

Trudruà Macuxi : Prenant plusieurs générations, le peuple autochtone n’avait pas de voix. L’Etat nous a interdit d’écrire, de parler notre langue, et même de développer notre propre écriture. Pendant longtemps, ce sont des spécialistes étrangers qui parlaient sur les autochtones. Maintenant, c’est à nous d’occuper cette place. 

Pour décrire l’art autochtone, je refuse le terme d’« art naïf » qui est un art occidental. Je préfère dire de ces œuvres qu’elles sont vivantes. Je ne veux pas montrer des autochtones hypersexualisés, des représentations qui ne montrent que le monde de la forêt ou qui nous représentent comme des peuples exotiques, sauvages et appauvris. 

L’Amazonie, c’est à la fois le monde des chamans et le monde contemporain : on vit dans le présent. L’art, c’est comme une fenêtre qui me permet d’amplifier ma voix et de porter ces revendications autochtones. 

Les artistes exposés ici sont aussi des leaders, des chamans, des éducateurs … Pourquoi ? 

Tous les artistes exposés ici sont âgés, ce sont des artistes mais aussi des leaders et des chamans, 

parce que ce sont eux qui connaissent la tradition, les rêves, les médecines, la culture et surtout les territoires, et qui nous montrent comment on peut prendre soin de la nature. Il font de la peinture parce qu’ils ont la nécessité de représenter ce monde. 

Le message qui est partagé ici, c’est que le monde physique n’est pas séparé du monde spirituel. C’est un monde de la santé, de la médecine, de tout ce qui est vivant. 

Liça Pataxoop_Olhando com paciência o que tem na terra para a gente colher

Pourquoi est-ce important de montrer ces œuvres au-delà de la communauté autochtones ? 

Chaque tableau, chaque artiste représente la diversité du peuple, mais aussi des caractéristiques propres à chaque culture. Ils sont tous autochtones, mais il faut aussi se rappeler que chacun a un territoire, une culture, une manière de se battre pour la nature. 

Au Brésil, nous sommes 400 peuples, avec 30 racines linguistiques. Ces œuvres sont une manière d’enseigner notre culture aux autres peuples autochtones comme aux non-autochtones.

Quelle est la principale revendication des artistes exposés ici ? 

C’est territoire, qui est sacré et central dans les questions autochtones. C’est comme une première bataille pour la défense. Pour nous, le territoire ne peut pas être compris seulement comme une propriété privée qui est occupée, qui découpe le territoire. L’art et la littérature sont donc toujours liés au concept politique du territoire. 

Le monde moderne a essayé de vivre seul, et on est arrivé à un stade où tous les êtres, humains et non humains, sont menacés. 

Que racontent ces œuvres sur les liens entre les humains et la nature ? 

Pour les yeux colonisés, on voit la forêt juste comme ça : les arbres, les fruits, les animaux, les oiseaux. C’est déjà très beau mais les autochtones, et surtout les chamans, voient plus. On voit les esprits, et tous les êtres humains et non humains qui vivent dans la forêt

Les représenter sur ces tableaux, c’est une manière de dire que nous ne vivons pas tout seuls dans ce monde, nous avons aussi besoin des autres êtres pour bien vivre. Le monde moderne a essayé de vivre seul, et on est arrivé à un stade où tous les êtres, humains et non humains, sont menacés. 

Ces artistes nous disent qu’il faut trouver un équilibre entre le monde humain et la nature. Qu’elle est un peu plus enchantée que ce que vous pouvez penser. 

Tags : Communautés AutonomesExpositionInterview

Les + lus

  • Decathlon

    Decathlon propose désormais un service de location de matériel de bivouac et de vanlife

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • Cette artiste transforme les déchets en œuvres d’art pour alerter sur la pollution plastique

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • Les voix de Pablo Servigne, Samah Karaki et Olivier Hamant appellent à la « vulnérabilité » dans la puissante œuvre sonore d’Odalie

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • Charlélie Couture : « La croissance est une religion dont je ne suis pas le disciple »

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0
  • Yael Naïm : « Après le 7-Octobre, j’étais dans l’incapacité de continuer à fuir tout en restant sincère »

    0 partages
    Partage 0 Tweet 0

Derniers articles

« Ces oeuvres ne sont pas naïves, elles sont vivantes », avec l’expo « Passeurs », Trudruà Macuxi réunit sept artistes autochtones qui refusent qu’on parle à leur place

« Ces oeuvres ne sont pas naïves, elles sont vivantes », avec l’expo « Passeurs », Trudruà Macuxi réunit sept artistes autochtones qui refusent qu’on parle à leur place

Les voix de Pablo Servigne, Samah Karaki et Olivier Hamant appellent à la « vulnérabilité » dans la puissante œuvre sonore d’Odalie

Les voix de Pablo Servigne, Samah Karaki et Olivier Hamant appellent à la « vulnérabilité » dans la puissante œuvre sonore d’Odalie

Marseille : une expo exhume les récits oubliés de la Méditerranée, des traversées aux écosystèmes fragilisés

Marseille : une expo exhume les récits oubliés de la Méditerranée, des traversées aux écosystèmes fragilisés

CharlElie Couture © Shaan

Charlélie Couture : « La croissance est une religion dont je ne suis pas le disciple »

Camélia Jordana

Camélia Jordana : « M’engager sur le terrain, ça me permet de me sentir moins impuissante dans ce monde si fou »

Pioche!

© 2025 Pioche! Magazine

  • La newsletter Bonne Pioche!
  • Politique de confidentialité
  • Mentions légales

Pas de résultat
Voir tous les résultats
  • ✒️ Nouveaux récits
  • 🥕 Du champ à l’assiette
  • 🎪 Faire lieux
  • 🏃‍♀️🏃‍♂️ À l’aventure
  • 🎤 Grands entretiens
  • 🌿 La newsletter de Pioche!

© 2025 Pioche! Magazine

Ce site web utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous consentez à l'utilisation de ces cookies. Plus d'infos. our https://piochemag.fr/mentions-legales/.