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Benoît Hamon : « On a un secteur associatif en grave difficulté, avec des conséquences sur ses bénéficiaires »

par Jean-Paul Deniaud
10 octobre 2025
Benoît Hamon Ça ne tient plus associations

©ESS France

« Ça ne tient plus ! » Le président d’ESS France Benoît Hamon rejoint l’appel pour mieux souligner la situation critique d’un secteur pris en étau : d’un côté des coupes budgétaires publiques et privées, de l’autre des missions de service public toujours élargies. Pour le candidat socialiste à la Présidentielle de 2017, à l’heure de l’intelligence artificielle, il est urgent de remettre « l’intelligence humaine » au cœur des priorités politiques.

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du partenariat éditorial entre Pioche! et Diffuz, le réseau des actions bénévoles de la Macif – adhérent d’ESS France – et co-publié sur diffuz.fr.

Voilà une boucle bien bouclée. Benoît Hamon, actuel président de l’ONG Singa, prenait en 2024 la présidence d’ESS France, créée dix ans plus tôt par la loi relative à l’économie sociale et solidaire, dite « loi Hamon », alors qu’il était ministre. Depuis, l’ancien candidat du Parti Socialiste à l’élection présidentielle de 2017 s’est donné comme mission de « donner un peu de rythme » au développement des différentes familles de l’économie sociale et solidaire : associations, coopératives, mutuelles, sociétés commerciales de l’ESS, fonds ou fondations.

Et sa méthode est simple : sortir « d’une forme de relation toxique » avec les pouvoirs publics, « à tout en attendre », et s’autonomiser des entreprises lucratives « classiques », en menant une stratégie de préférence d’achats entre acteurs de l’ESS. Une façon d’investir, dit-il, sur l’intelligence humaine plutôt qu’artificielle, de jouer la coopération à l’heure où les contextes budgétaires et philanthropiques s’assombrissent. Et de soutenir les 2,6 millions d’emplois fournis par l’ESS (14% de l’emploi privé, pour 7% des aides aux entreprises). Alors, comment va l’ESS en cette rentrée 2025 ? Réponses du président d’ESS France, Benoît Hamon.

Comment se porte le secteur de l’ESS en cette rentrée 2025, avec les incertitudes budgétaires que l’on sait et les prochaines échéances démocratiques – élections municipales en 2026, et présidentielle en 2027 – ainsi qu’un contexte politique international instable ?

Benoît Hamon : Il faut distinguer les secteurs. Si certaines coopératives peuvent être inquiètes, on n’est pas en danger parce qu’on est une coopérative. Par contre, on est en danger parce qu’on est une association aujourd’hui en France. Il y a clairement une orientation des budgets de l’État, d’abord, qui baisse les subventions et les financements aux associations. Mais il baisse aussi les financements aux collectivités locales, qui le répercutent sur leurs propres subventions aux associations.

« Et en effet, ça ne tient plus. »

On a donc un secteur associatif qui est en grave difficulté, avec des conséquences sur ses bénéficiaires. Solidarité, activités sportives, loisirs, culture… Ce sont ces activités qui sont mises en cause. Aujourd’hui, ces associations réduisent leurs effectifs, ne renouvellent pas les contrats, licencient. Donc diminuent leurs activités. Au point que le Mouvement Associatif, l’une des composantes d’ESS France, a appelé le 11 octobre à une grande journée de mobilisation dont le slogan est « Ça ne tient plus ».

Et en effet, ça ne tient plus. Pourquoi ? Parce que ces associations assurent des missions d’intérêt général financées par les pouvoirs publics, qui disent « faites-le à notre place ». Or, les financements sont en chute libre. Résultat : moins de missions d’intérêt général, plus de désordre, moins de cohésion sociale qui, dans certaines parties du territoire, n’était déjà pas en très bonne santé.

Un autre secteur de l’ESS va être très abîmé : l’insertion par l’activité économique. Ces entreprises d’insertion, qui sont parfois en concurrence avec des entreprises classiques, ont la particularité d’employer et de former des gens éloignés de l’emploi, qui retrouvent une place dans la société grâce au travail. En contrepartie, il y a un financement. Le nombre de postes financés est encore prévu en diminution. Les crédits de formation pour ces personnes éloignées de l’emploi sont encore prévus à la baisse.

« On vit une époque paradoxale où il y a de plus en plus d’intelligence artificielle et de moins en moins d’intelligence humaine. »

Résultat : le niveau de pauvreté dans ce pays n’a jamais été aussi élevé, et l’État s’apprête à faire des économies sur les activités qui permettent à des personnes de sortir de la pauvreté par le travail. C’est un non-sens. On vit une époque de dingue où il y a de plus en plus d’intelligence artificielle et de moins en moins d’intelligence humaine. Surtout, au sommet de l’État, on ne voit pas que c’est mettre du sel sur de la souffrance, préparer les désordres de demain. Ça, ça ne va pas super.

Une partie de l’ESS dépend aussi de financements privés et de fondations pour ses activités. En ces temps de backlash écologique, et même de retour en arrière moral, cela pose-t-il un souci de financement pour les entreprises de l’ESS ? 

Vous avez raison, et on a là une double inquiétude. La première sur le mécénat et la philanthropie privée, qui bénéficie d’une défiscalisation. Un rapport de l’Inspection générale des finances prévoyait de diminuer la possibilité pour des entreprises, voire des particuliers, de défiscaliser des dons faits à des associations. Avec de l’autre côté la baisse des subventions, nous, au milieu, on est broyés. Le tout pour faire des économies sur l’intérêt général. Le gouvernement Bayrou a dit que ce rapport ne serait pas suivi, mais on sait que ce sujet sera utilisé lors du prochain débat budgétaire.

Seconde inquiétude : un certain nombre d’acteurs privés, des philanthropes, intimidés par les pressions de la Maison Blanche aux États-Unis ou des gouvernements conservateurs ou d’extrême droite, revoient à la baisse, voire effacent, leurs financements dans le champ de la diversité, de l’égalité et de l’inclusion. Des acteurs décident par exemple de ne plus soutenir des associations ou des organisations qui concourent à l’inclusion de personnes migrantes ou réfugiées, pour des raisons idéologiques.

Mais je veux dire une chose. Si certains cèdent aux pressions, d’autres, au contraire, renforcent leurs objectifs. Et disent : « la diversité est une chance pour notre entreprise, elle augmente la performance de notre boîte, consolide la cohésion des équipes et l’innovation ». Fort heureusement, on a aussi ces dirigeants d’entreprises qui sont de ce point de vue intelligents. Et il faut vraiment investir dans l’intelligence humaine, parce qu’aujourd’hui, il y a une prime à l’ignorance et à la bêtise.

Le secteur de l’ESS est créatif, imaginatif et porte des valeurs qui l’amènent à créer du lien, a fortiori face aux difficultés. Dans ce contexte économique particulier, et alors que l’ONU a fait de 2025 l’année internationale des coopératives 2025, est-ce qu’une des pistes de solution passe par davantage de coopération ? 

Je vous donne un scoop. Je réfléchis en ce moment, et je voudrais qu’on le travaille sérieusement, à une vraie stratégie de préférence pour l’ESS dans l’ESS. Parce qu’il existe souvent une alternative ESS à des entreprises conventionnelles, qui est aussi efficace. Il nous faut un plan de préférence pour l’ESS, dans tous les secteurs de l’ESS et notamment chez les plus gros donneurs d’ordres, les grandes coopératives, les grandes banques coopératives, les grands assureurs, où on cherche les alternatives, où on pousse les solutions non lucratives.

Vous imaginez les conséquences que cela peut avoir quand on pèse autant dans l’économie. Ce serait une manière de consolider nos modèles, et de dépasser cette offensive, très idéologique, qui consiste à vouloir effacer les solidarités. Voilà une des priorités pour moi dans les mois et les années qui viennent.

Un certain nombre d’études montrent que la société civile reste engagée sur les sujets de défense de l’environnement et les questions sociétales. Alors que ces engagements au quotidien peinent parfois à se retrouver dans une incarnation politique ou militante, le champ de l’ESS, par son maillage et sa diversité, peut-il être un espace pour répondre à cette frustration citoyenne ?

L’ESS ne peut pas être une alternative à la démocratie politique, mais il est un espace démocratique insuffisamment reconnu. Il est même un des ingrédients par lesquels nous pouvons régénérer la démocratie en France. À ce sujet, on dit que les gens n’ont pas confiance dans leurs élus. Mais les élus ont-ils confiance dans les citoyens quand, entre deux élections, on se garde bien de leur leur avis et quand ils le donnent, de l’écouter ?

« L’ESS peut aider à démocratiser la société, et en la démocratisant, à l’apaiser »

On peut étendre le débat sur la démocratie politique classique à celui sur la démocratie sociale. Comment les syndicats d’employeurs et de salariés sont associés aux décisions dans les champs de la protection sociale, du droit du travail ? Et on devrait l’étendre à la citoyenneté économique. Aujourd’hui, dans les lieux où nous passons la moitié de notre semaine, c’est-à-dire au travail, là où on produit, nous ne sommes pas citoyens : nous n’avons pas voix au chapitre sur les décisions stratégiques. C’est une manière d’élargir le débat sur la santé démocratique de la France.

Or, l’ESS regorge d’expertises en matière de délibération collective dans l’entreprise. Et peut les partager avec des entreprises capitalistiques, lucratives, qui voudraient évoluer vers un modèle plus collectif, avant d’être plus démocratiques. On a là à construire une stratégie, et l’ESS peut aider. Mais le pilotage politique est indispensable, car le champ de la démocratie suppose une impulsion politique. En cela, l’ESS peut aider à démocratiser la société, et en la démocratisant, à l’apaiser.

Une enquête de la Confédération générale des SCOP a souligné combien la pratique de la démocratie dans une entreprise rendait ses salariés plus doués pour les compromis en dehors. Moins de polarisations, de violences politiques, et plus de responsabilité collective. À l’ère de l’intelligence artificielle et de la bêtise humaine, il y a urgence à construire une vraie stratégie en faveur de l’intelligence humaine. Comment on réinvestit la question éducative, la formation tout au long de la vie, la relation entre la technique et l’homme. On a cette expertise dans l’ESS, où se retrouve toute l’éducation populaire, l’éduc’ pop’. Cela va bien au-delà de la gestion de nos assos ou de nos coopératives.

Tags : AssociationInterviewPolitiqueRéflexion

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