Groenland – Échos arctiques, la nouvelle bande dessinée de Lauriane Miara qui paraîtra le 26 août 2026 retrace une expédition scientifique menée à bord du Forel sur la côte ouest de la plus grande île du monde. L’autrice mêle sciences, rencontres et poésie pour « raconter les reliefs des enseignements tirés de ce voyage ».
À l’origine, Lauriane Miara embarque sur le bateau pour réaliser quelques planches de vulgarisation scientifique destinées à un public scolaire. Elle ne pensait pas en faire une bande dessinée. De retour de l’expédition, elle prend conscience de la richesse de cette expérience. Elle nous délivre alors un récit où elle trouve peu à peu sa place au sein de l’équipage et découvre le travail des chercheurs. Biologie marine, glaciologie, histoire du Groenland, de ses populations ou encore climat, l’autrice compose un récit aux multiples dimensions.
Entre sciences et poésie : une autrice aux deux bagages
Lauriane Miara aime le froid, les montagnes et les grandes étendues gelées : « j’ai besoin de marcher quasi quotidiennement en montagne pour réfléchir et stimuler mon imagination ». Après avoir grandi en Champagne-Ardenne, Lauriane Miara tombe sous le charme des Alpes au cours de vacances. Ce coup de foudre la pousse à s’y installer pour étudier les sciences de l’environnement de montagne. Depuis, les milieux froids, les montagnes et les grandes étendues d’eau traversent l’ensemble de ses œuvres. De À contre marée à L’Île suspendue, puis avec Groenland – Échos arctiques, l’autrice autodidacte dessine autant les paysages que les liens qui unissent les êtres vivants à leur environnement. Sa formation tournée vers la paléoclimatologie lui offre un regard singulier, à la croisée de la rigueur scientifique et de la sensibilité poétique.
Certaines planches ressemblent à des cours de biologie animale, elle y détaille les caractéristiques principales des individus qu’elle observe. On retrouve des descriptions comme « Ophiura robusta : se nourrit de mollusques, de débris et d’annélides (c’est quoi ? des vers) – voyage à bord des méduses – n’a pas la chance d’avoir un anus, ‘fait qu’elle défèque par la bouche ». Ou encore des explications sur des termes scientifiques comme une débâcle : « une forte quantité de glace a quitté la banquise. »
Un dessin au plus près du biotope
Lauriane Miara mélange aquarelles, encre de chine, lettrage à la main en réalisant tout aussi bien des esquisses que des planches très détaillées, sans jamais rompre le fil du récit. En 128 pages, l’artiste illustratrice utilise une palette alternant entre le noir et blanc, des couleurs pastel dans les roses, violets très doux et des nuances de bleu très profondes.
Comme elle l’explique en édito, sa démarche se tourne vers des méthodes « le plus artisanal possible », ici du dessin traditionnel avec très peu de numérique. Une démarche en parfaite cohérence avec son envie de faire une « pratique du dessin artisanale, en écho avec les biotopes ».
Une invitation à apprendre
« L’écho est la réflexion du son par un obstacle qui le répercute. J’entends par échos arctiques les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille. » C’est cette mécanique que Lauriane Miara reprend, faisant de son livre la résonance de tous ses messages que nous renvoie cette terre.
À lire aussi : Antarctique : la banquise n’a jamais autant fondu, selon les scientifiques
Il fait entendre le travail des biologistes marins. Ainsi, étudier une chaîne trophique renvoie, par ricochet, au constat de bouleversements climatiques bien plus vastes. La fonte du Groenland résonne loin au-delà de la banquise : elle transforme les écosystèmes, ouvre de nouvelles routes maritimes, avec des enjeux géopolitiques importants, réveille les convoitises sur des ressources prisonnières de la glace et fait ainsi du territoire un point stratégique où viennent se répercuter les tensions du monde entier.
Mais l’écho ne porte pas que la voix des glaciers. Il porte aussi celle de l’histoire : les peuples Inuits, les Vikings, la colonisation danoise et américaine. Lauriane Miara les aborde au fur et à mesure des rencontres, au cours de son trajet, de la découverte des villes et villages, des habitations et le partage de la mémoire des plus anciens.
À lire aussi : « Plus loin qu’ailleurs » : le voyage commence au coin de la rue avec la dernière BD de Chabouté
L’écho, chez l’illustratrice, est aussi une manière de repenser le rapport au vivant. Elle invite à sortir d’une vision occidentale de l’autre, qui ne retiendrait que l’urgence des animaux jugés « mignons », en oubliant tout le reste de l’écosystème. Elle rappelle que l’équilibre bâti depuis des générations, basé sur la chasse et la consommation d’animaux qui nous semble barbare, est essentiel. Comme le résume l’un des scientifiques de l’expédition, « nous n’avons aucune leçon à donner ».
Elle aborde aussi la spiritualité inuite, le lien tissé depuis des siècles entre un peuple et son territoire. La bande dessinée le redit sans relâche : les savoirs scientifiques occidentaux ne suffisent pas à faire résonner un monde qui leur est étranger. La science a sa place, mais elle ne peut pas tout traduire.
C’est là, sans doute, tout l’art du livre : faire se répondre les échos plutôt que les isoler. Scientifiques, climatiques, historiques, humains, politiques, poétiques, tous ces registres se répercutent les uns dans les autres, sans jamais se dissocier. Groenland – Échos arctiques ne donne pas simplement à apprendre : il donne à écouter autrement, en observant avant de juger.
Recomposer les fragments
Un dernier écho résonne après la lecture : celui d’une responsabilité qui ne se pense plus seule, mais à l’échelle collective. Car « la glace ne dérive pas seule », ce qui se joue au Groenland engage le monde entier. La bande dessinée devient alors, comme le dit l’autrice, « une incitation à observer les fragments de nos propres territoires géographiques et à se demander : comment recomposer ? »
Groenland – Échos arctiques de Lauriane Miara. Parution le 26 août 2026 aux éditions Les Étages.