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Comment l’art peut-il faire sa transition écologique ?

par Simon Adolf
10 novembre 2022
Comment l’art peut-il faire sa transition écologique ?

Crédit : Lucille Clerc, Botanical City, 2018

Dans son essai intitulé L’artiste et le vivant, l’artiste, autrice et enseignante Valérie Belmokhtar balaie du regard l’histoire de l’art au travers des liens entre artistes, œuvres et nature. Elle préconise notamment de s’inspirer du passé et des créateurs et créatrices marginalisé·es pour construire un art plus écolo.

Des peintures qui ornent la grotte de Lascaux aux paysages de Cézanne, en passant par le Land Art, les artistes n’ont eu de cesse de représenter, de s’inspirer ou de modifier la nature, dans le cadre de leur pratique. Cette relation si longue et passionnée méritait bien qu’on y consacre un ouvrage, et c’est ce qu’a fait l’enseignante, l’artiste et autrice Valérie Belmokhtar. Elle a publié le 20 octobre dernier L’artiste et le vivant aux éditions Pyramyd.

L’ouvrage, qui regorge d’illustrations et d’exemple, revient sur l’influence qu’a eue le monde vivant sur l’art, autant dans le message qu’il porte que dans la façon dont on le produit. De ce panorama, qu’elle ne veut pas moralisateur, elle tire des conseils aux artistes qui veulent aligner le fond et la forme de leur création. Elle rappelle également le rôle au combien important d’inspiration et de mobilisation que peut avoir l’art, en faisant vibrer le cœur des êtres humains.

Quel rôle peuvent jouer les artistes dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Valérie Belmokhtar : Ce ne sont certainement pas les artistes qui vont empêcher la montée des eaux ou l’augmentation des températures. Mais l’art offre un rapport beaucoup plus intuitif à la nature et au monde. Il peut avoir une influence énorme sur d’autres sphères. Il peut s’inspirer de la nature, et inspirera en retour les citoyens. On peut penser par exemple au biomimétisme, qui a été pratiqué par des artistes comme Léonard de Vinci, qui a créé des machines volantes en se calquant sur la nature. Ce rôle de passeur·euse entre la nature et les êtres humains se retrouve beaucoup dans l’art non occidental, souvent au travers de la figure de l’artiste-chaman.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire un ouvrage sur les liens entre les artistes et le vivant ?

Valérie Belmokhtar : C’est un mélange de plusieurs phénomènes. D’abord, ce sont des thèmes qui me touchent sur le plan personnel. Je suis une artiste et une enseignante, et le thème de l’écologie et du vivant m’interroge depuis de nombreuses années, au point de questionner ma pratique. Je suis aussi forcément sensible aux signaux d’alarme qui se déclenchent autour de moi. Les alertes écologiques ont lieu depuis très longtemps, et la pandémie de Covid-19 n’a fait qu’ouvrir les yeux à plus de personnes.

À lire aussi : « Pour faire sa transition écologique, le monde de la culture doit accepter de ralentir »

Dans votre livre, vous parlez à la fois de pratique artistique, et du message que transmettent les œuvres. Lorsque l’on parle d’art et d’écologie, est-ce que le fond doit forcément coïncider avec la forme ?

Valérie Belmokhtar : C’est très difficile de ne pas polluer du tout ni de ne produire aucun déchet lorsque l’on crée. Si le message de l’œuvre a suffisamment d’impact, mais que l’œuvre n’est pas à 100 % recyclable ou écologique, on peut considérer que le pari est réussi. Mais je pense qu’il est nécessaire que les artistes réfléchissent à l’impact de leur pratique sur l’environnement. Pour les artistes, c’est difficile de faire comme si ce contexte autour d’elles et eux n’existait pas.

Vous donnez une place très importante aux artistes non occidentaux ou occidentales et aux femmes artistes dans votre livre. Pourquoi est-ce important lorsque l’on parle du rapport entre art et écologie ?

Valérie Belmokhtar : L’histoire de l’art a longtemps invisibilisé les artistes ne venant pas de l’Occident. Or, l’écologie, c’est l’étude du rapport au vivant. Il était donc important de donner de la place à toutes les formes de créations qui sont marginalisées. Concernant les artistes non occidentaux ou occidentales, ils et elles ont souvent un rapport différent aux œuvres, que je considère comme plus écologiques. Ils/elles ont davantage recours aux matériaux de récupération par exemple. On peut penser au travail du sculpteur sénégalais Ousmane Sow, par exemple.

Les œuvres produites par des artistes femmes ont aussi un rapport différent à la nature, ou bien au corps par exemple. L’approche pratique diffère également, car elles créent le plus souvent à la maison, avec plus de modestie. Ce sont des façons de faire dont nous pouvons nous inspirer pour rendre l’art et le monde plus écolo.

Tags : ArtEnvironnementLittératureRéflexion

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