Du 26 au 30 août à Hurigny en Bourgogne-Franche-Comté, le festival La Manufacture d’idées propose cinq jours de débats, de spectacles et de conférences donnant la parole aux figures de lutte, avec une même ambition : bousculer nos façons de penser et déconstruire nos regards.
Palestine : ce que Gaza révèle du droit international
Le dialogue « Récits, voix et blessures de Palestine » réunit Francesca Albanese juriste et chercheuse italienne, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés et l’anthropologue palestinienne Rīmā Ḥammāmī fondatrice du Women’s Affairs Center à Gaza engagé dans la défense des droits des femmes, à partir du constat que « le génocide de Gaza fait désormais partie de notre histoire collective ».
Le génocide de Gaza fait désormais partie de notre histoire collective
Ensemble, elles ne viennent pas seulement raconter la Palestine. Elles soulèvent l’abandon du système de droit international et l’incapacité des institutions à faire respecter leurs propres principes, et se chargent de « dire la vérité au pouvoir ». Elles interrogent ce que fait ce silence des institutions face à un crime documenté, ce que vaut encore le droit quand il ne protège plus, et ce que chacun choisit de regarder… ou d’ignorer.
Décolonial : dette, réparation, réinvention
Le colonialisme n’appartient pas au passé. Il change de visage et de vocabulaire, mais il persiste dans les mémoires, nos modes de vie et les économies. La Manufacture d’idées propose ainsi une dense programmation pour nous inviter à la question décoloniale.
La philosophe Magali Bessone et le géographe haïtien Jean-Marie Théodat dialoguent sur la dette d’Haïti et la justice réparatrice qu’elle appelle. L’historien sénégalais Mamadou Diouf et l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr débattent de la manière dont l’histoire de l’Afrique a été écrite et des défis ce travail de mémoire soulève. La chorégraphe camerounaise Betty Tchomanga revient sur le début de la modernité et la période de la traite transatlantique.
Interroger les logiques qui ont permis la colonisation et qui permettent aujourd’hui l’épuisement des ressources
Le festival propose aussi de se demander si Marx peut nous aider à penser l’écologie au cours d’un dialogue entre Paul Guillibert, auteur de Terre et Capital, et Sara Vanuxem juriste spécialisée en droit de l’environnement et autrice de La propriété de la Terre.
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En effet, penser les communs, remettre en question la propriété et l’accumulation, c’est aussi interroger les logiques qui ont permis la colonisation et qui entraînent aujourd’hui l’épuisement des ressources. La pensée décoloniale et la pensée écologique se rejoignent alors sur un même terrain critique.
L’art face au vivant : dire le monde sans participer à sa destruction
Toutes les voix ne parlent pas avec des mots. Certaines coulent, poussent, brûlent ou disparaissent dans le silence. Le festival choisit aussi d’écouter celles que l’on considère encore comme muettes : les forêts, les fleuves, le vivant.
« Affronter du regard certaines choses qui ne méritent en aucun cas d’être célébrées » écrivait John Berger.
Éric Valette, artiste et enseignant-chercheur, fait vivre ses dessins sous les yeux du public. Il s’appuie sur une approche scientifique nourrie par le dialogue avec des ethnologues pour raconter deux histoires – « La jalousie du plant de manioc » issue d’un projet de résidence au Brésil, et « La vengeance du bois qui pleure » qui revient sur l’expédition du baron von Langsdorff à Fordlândia (1825-1829), dans la forêt amazonienne au Brésil – qui interrogent à la fois l’exploitation du vivant en Amazonie et la place de l’artiste face à « l’autre ».
Écouter le monde, La Manufacture d’idées un lieu d’espoir et de résistance
Sous le soleil et les arbres du château d’Hurigny en Bourgogne-Franche-Comté, La Manufacture d’idées rappelle qu’écouter est déjà une forme de résistance. L’écrivain, critique d’art et penseur britannique John Berger (1926-2017), mis à l’honneur lors de cette quinzième édition, a consacré sa vie à interroger les rapports de domination, à démystifier l’art, à défendre la condition des travailleurs migrants et à mettre en lumière le monde paysan, en donnant une place centrale à celles et ceux que l’histoire laisse souvent dans l’ombre.
Fidèle à cette démarche, le festival fait écho à son invitation à « affronter du regard certaines choses qui ne méritent en aucun cas d’être célébrées ». Cinq jours pour ouvrir les yeux, sans renoncer à l’espoir.
Infos pratiques : du 26 au 30 août 2026, Château d’Hurigny, Bourgogne-Franche-Comté. Informations et réservation sur le site de La Manufacture d’idées.