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Salomé Saqué, Fatima Ouassak, Cyril Dion et Achille Mbembé sur la scène d’Agir pour le Vivant

par Baptiste Thomasset
10 août 2023
Salomé Saqué, Fatima Ouassak, Cyril Dion et Achille Mbembé sur la scène d’Agir pour le Vivant

©BenjaminCayzac

Chaque année, à la fin du mois d’août, des centaines de militant·es, artistes, penseur·euses, et autres âmes sensibles à l’écologie se retrouvent sous le soleil d’Arles pour le festival Agir pour le vivant. Un évènement unique durant lequel les pensées se rencontrent, les imaginaires se déploient et les corps se mettent en mouvement. Avec son avalanche de conférences, d’ateliers, de projections et de concerts, l’édition 2023, organisée du 21 au 27 août, s’annonce à la hauteur.

Né en 2020 d’une rencontre entre la maison d’édition Actes Sud et l’agence Comuna, le festival Agir pour le Vivant s’est imposé comme un rendez-vous incontournable des pensées de l’écologie. Pour sa quatrième édition, du 21 au 27 août 2023 à Arles, l’événement accueillera plus de 200 invité·es issu·es de tous les horizons, autour d’un bouillonnement sensible, culturel et intellectuel tourné vers la protection du vivant.

Pendant une semaine, les philosophes échangeront avec des humoristes, les botanistes avec des photographes, et les poètes avec des politiques. Avec près de 50 heures de conférences et d’ateliers, la programmation prépare un terreau fertile pour que les idées naissent, s’entrechoquent et se diffusent. Une manière de « rendre accessible les nouveaux récits, les alternatives, et les controverses qui traversent les pensées du vivant » explique Anne-Sylvie Bameule, présidente du directoire d’Actes Sud.

Parler du vivant permet de revenir à la racine du problème

« On a choisi de mettre le vivant au cœur du festival, parce que c’est ce qui nous rassemble tous·tes, au-delà des disciplines ou des différentes manières de s’engager » poursuit la co-fondatrice de l’événement. « C’est un angle qui permet de revenir à la racine du problème, et de comprendre pourquoi nous nous sommes coupés du monde végétal, du monde animal et de notre sensibilité. Il y a urgence à cultiver un autre rapport au monde. »

Une « conversation-monde » tournée vers le vivant

Parmi les invité·es, on retrouve Paloma Moritz, Edouard Morena, Salomé Saqué, Fatima Ouassak, Corinne Morel-Darleux, Hervé Kempf ou encore Laurence Tubiana, chacun·e apportant un regard singulier, nourri par la recherche et les expériences personnelles. Grâce aux liens tissés à l’international, le festival accueille également des pensées venues de Colombie, avec Arturo Escobar, grand nom de la pensée décoloniale, du Cameroun avec l’historien Achille Mbembe, d’Égypte en la personne de l’écrivain Alaa El Aswany, ou encore du Mali, grâce à l’auteur principal du GIEC Youba Sokona.

À lire aussi : À Arles, le festival Agir pour le vivant organise une « Université du Vivant » pour les jeunes engagé·es

Dans cette « conversation-monde », Agir pour le Vivant prévoit également une place pour des représentant·es des peuples autochtones : Moira Ivana Millán du peuple mapuche, écrivaine et activiste anti-patriarcale, le poète Hugo Jamioy du peuple Kemsa et plusieurs membres du mouvement Vision Suroeste luttant pour la protection de la biodiversité dans les Andes tropicales. « Il nous semble indispensable d’écouter et d’apprendre des pensées nées dans des cultures qui ont d’autres rapports au vivant » résume Anne-Sylvie Bameule.

On essaye de créer un chemin d’empathie et d’intelligence, en brisant la fausse frontière entre l’intellectuel et l’émotionnel

Approcher l’écologie par la sensibilité

Mais ce qui distingue particulièrement le festival arlésien, c’est son approche sensible et artistique des enjeux écologiques. Il invite des musicien·nes, des poètes, des danseur·euses, et organise des résidences, pour que les idées qui flottent toute la semaine dans l’air s’incarnent dans des œuvres qui célèbrent le vivant.

« On essaye de créer un chemin d’empathie et d’intelligence, en brisant la fausse frontière entre l’intellectuel et l’émotionnel » explique Anne-Sylvie Bameule « C’est le pouvoir de la littérature, et des arts en général, de rendre les choses sensibles, de faire évoluer les perceptions. Il est toujours plus difficile de comprendre quelque chose que l’on n’a pas ressenti. »

À lire aussi : Blick Bassy : « J’ai voulu chanter sur l’eau et notre rôle parmi les vivants de manière poétique »

Côté musique, le festival accueillera le slammeur Souleymane Diamanka, les DJ engagé·es de Gogo Green, la performance Résistances Poétiques de Cyril Dion et Sébastien Hogg, ainsi que le chanteur camerounais Blick Bassy. Ce dernier profitera d’ailleurs de l’évènement pour lancer, avec le collectif Today Na Today, l’Alliance des artistes africains pour le vivant. Et bien sûr, on pourra compter sur la présence de l’infatigable collectif d’artistes-activistes Le Bruit Qui Court.

Une constellation de thématiques

Chaque jour du festival est placé sous le signe d’un thème, point de départ des réflexions collectives. La journée du mardi 22 août interrogera notre capacité à faire cohabiter plusieurs rapports au monde au sein d’un « devenir pluriversel ». Une manière de remettre en cause la rationalité moderne comme modèle de pensée unique. Portées par des représentant·es de peuples racines, des anthropologues et des philosophes, les discussions imagineront des organisations politiques capables de respecter cette pluralité.

Il est toujours plus difficile de comprendre quelque chose que l’on n’a pas ressenti

Le thème du lendemain, « faire corps », amènera la question du corps, et du soin qu’on lui apporte, au cœur du débat. Une perspective qui séduit Anne-Sylvie Bameule. « Je trouve qu’en posant ce sujet, tout est là : la question du lien, des interdépendances, du corps physique, du corps social, de la cosmogonie dans la globalité » s’enthousiasme-t-elle. « À travers son talent d’écrivain, Nicolas Mathieu (auteur de Leurs enfants après eux et Connemara ndlr) nous parlera sûrement de la quête de chacun·e pour trouver sa place dans le corps social. »

Jeudi et vendredi, les thèmes « écologie sociale » et « géopolitique du vivant » feront le pont entre injustices sociales et environnementales. Autour des enjeux de démographie, d’imaginaire politique ou de néo-colonialisme, les invité·es aborderont les conséquences de la crise écologique sur les sociétés. Ils/elles ébaucheront des pistes de solutions, du local à l’international, pour une « politique de la terre » qui ne laisse personne de côté. Le samedi sera consacré à la démocratie et au pouvoir d’agir des citoyen·nes. Il sera, entre autres, question des alternatives solidaires, radicales et réalistes qui ouvrent la voie à d’autres manières de vivre entre vivants.

Rendez-vous à Arles, du 21 au 27 août 2023, pour la quatrième édition du festival Agir pour le vivant. Retrouvez la programmation et les informations pratiques par ici.  

Tags : FestivalLittératureRéflexionTransition écologique

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