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À l'aventure

Louer ses vêtements de ski pour éviter d’acheter, le pari de la marque française engagée Picture

By Jean-Paul Deniaud

February 10, 2022

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Vous qui êtes producteur de vêtements, pourquoi proposer ce service de location ?

Parfois, on achète des produits et on les utilise très peu, en particulier ceux soumis à un usage saisonnier et rare comme pour le ski ou le snowboard. Mieux vaut alors louer sa tenue puis la renvoyer pour qu’une autre personne l’utilise à son tour. Aujourd’hui, on utilise avant tout nos stocks pour la location. Mais à terme, au lieu de fabriquer deux vestes pour deux personnes, on n’en fabriquera qu’une. C’est une question de sobriété.

Moins de volumes de production, c’est moins d’énergie consommée et donc moins de CO2. C’est aussi plus économique que du neuf pour l’utilisateur occasionnel. Et si on peut louer une veste Picture qui a en plus un bon bilan carbone, c’est encore mieux.

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Concrètement, ça fonctionne comment ?

On loue son vêtement sur notre site, on le reçoit chez soi, on part skier. Lorsqu’on rentre, on renvoie la veste, lavée ou non. La livraison est gratuite, à domicile ou en Point Relay. Et on fournit l’emballage « repack » pour le retour. À réception, on réutilisera le repack pour les prochaines locations. Comme ça, tout est cohérent.

Florian Palluel ©Picture Organic Clothing

La location engendre du transport, du lavage. L’impact est-il vraiment positif par rapport à l’achat neuf ?

En réalité, les émissions liées à la location sont minimes comparées à celles de la production. Ensuite la question c’est qu’est-ce que cela permet d’éviter. La production d’un vélo produit du CO2, mais il permet d’éviter des trajets en voiture. C’est la même chose, on évite de la production, et c’est intéressant dans la dynamique globale de l’industrie textile.

Reste à savoir comment les gens vont s’emparer de la plateforme, sachant qu’on aimerait la faire vivre à l’année avec une offre estivale.

Sur quels autres axes d’écoresponsabilité travaillez-vous chez Picture ?

Nous avons introduit la réparabilité à vie depuis deux ans, la seconde main et les produits reconditionnés arrivent fin février, via l’application Everide, et on réfléchit aussi à la taille de notre collection.

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La transition énergétique est aussi un énorme sujet chez nous, car la Turquie et Taïwan, où sont nos chaînes de filature, tissage ou teinture, ne sont pas les pays les plus décarbonés au monde, même si ce n’est pas l’Inde ou la Pologne. On travaille donc à déplacer notre production dans des pays bas carbone, comme le Portugal.

Comme le dit l’association En Mode Climat, l’objectif pour une marque engagée, ce n’est pas d’être 100% irréprochable, mais d’empêcher la fast fashion de faire mal. On s’implique au sein de ce collectif et des 400 marques françaises signataires pour demander plus de régulations, de normes, et l’introduction d’une taxe carbone aux frontières.