©Edith Amsellem et Marguerite Ruggirello

Faire lieux

Aurillac : 6 spectacles engagés qui font de l’incontournable festival d’art de rue une scène de résistance

By Nina Boisumeau Leloup

July 28, 2026

Depuis près de quarante ans, le Festival d’Aurillac défend un art ouvert à toutes et à tous, où « la rue ne filtre pas, le Festival non plus », écrit son directeur Frédéric Rémy dans l’édito 2026. Tournée vers la Méditerranée, cette 39e édition prolonge cette ambition en réunissant des artistes qui font de leurs créations un outil de résistance face aux fractures de notre époque. Cet engagement a guidé notre sélection : voici six œuvres présentes à Aurillac où le fond et la forme se répondent pour faire de l’art un véritable geste politique.

Quand les corps résistent aux institutions

Sans un mot, Incontinuo de la compagnie Kamchàtka explore « les migrations à travers une écriture de l’urgence ». Dans ce théâtre nocturne et musical, les corps deviennent le langage de celles et ceux qui traversent les frontières. Le spectacle raconte ces destins qui se croisent, les solidarités qui se tissent mais aussi ce que signifie tout abandonner pour survivre.

Nicolas Joubard

Une fois la frontière franchie la violence ne s’arrête pas, c’est le sujet de la pièce La Demande d’Asile, du metteur en scène Nicolas Barry. Ce moment « où la vie doit devenir récit crédible », où tout peut basculer au détour d’un entretien administratif : « Comment prouver qu’on est en danger? Qu’on aime « comme il faut » ? », interroge le programme.

Le corps est ce qui reste quand la violence institutionnelle a épuisé le langage.

Or, comme l’a montré le sociologue Vincent Dubois dans La Vie au guichet, l’administration transforme les individus en dossiers, et l’entretien d’asile pousse cette logique : il faut convaincre d’exister. Alors, en mêlant théâtre, danse et performance, Nicolas Barry montre, « jusqu’à ce que le corps dise ce que les mots ne peuvent plus porter », que le corps est ce qui reste quand la violence institutionnelle a épuisé le langage.

Reprendre possession face aux discriminations de genre

Face aux injonctions sociales et politiques, d’autres artistes choisissent de faire du corps un terrain de résistance. Avec Le Grand Défilé, Edith Amsellem détourne les codes de la mode avec trois comédiennes et neuf amatrices dans un « catwalk » engagé. Son objectif : « parler de chiffons pour mieux dynamiter les injonctions ». Les stéréotypes de genre deviennent matière à jeu, jusqu’à célébrer « l’altérité » et cette jeunesse qui invente de nouvelles façons d’être au monde.

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Dans Wishes Tree, l’artiste palestinienne Raeda Saadeh mêle photographies, performances et vidéos pour raconter l’occupation, les assignations faites aux femmes et les violences politiques. L’Égyptienne Shaymaa Shoukry fait de Womb une expérience physique où « la répétition et l’épuisement du geste », entre danse et jeux de lumière, traduisent un monde qui s’effondre. Deux œuvres où le corps ne se contente plus de subir l’histoire : il en devient l’archive et la mémoire vivante.

Réinventer le collectif

Après ses œuvres plus intimes et individuelles, Marzouk Machine, avec Phoenix, élargit sa réflexion à l’échelle de la société. D’un côté, une assemblée citoyenne ; de l’autre, une famille. Entre les deux, une même interrogation : « Que faire d’un monde où l’on réclame la liberté à corps et à cri mais refuse d’en payer le prix ? ».

« Soit on change, soit on crame. » Phoenix de Marzouk Machine

En confrontant privé au politique, la compagnie française invite le public à réfléchir à sa propre responsabilité, et lance un appel à l’action : « Soit on change, soit on crame ». Une manière de rappeler que le théâtre de rue n’est pas seulement un miroir du monde, mais aussi un lieu où s’imaginent d’autres façons de faire société.

La rue un espace de résistance

Cette année encore une même conviction se dessine dans les rues d’Aurillac: le théâtre de rue ne se contente pas d’occuper l’espace public, il en fait un lieu de débat, de mémoire et de résistance et crée des rencontres.

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Avec cette édition tournée vers la Méditerranée, les histoires, les corps et les luttes circulent « des rives qui se regardent, qui se cherchent, qui parfois se trouvent. Et Aurillac, au milieu des terres, en est un point de passage » écrit Frédéric Remy. Au fond, rappelle le directeur de l’Éclat, le festival est là « parce que les jeunes méritent mieux qu’un monde déjà cassé » et parce que « la rue appartient à tout le monde ».

Infos pratiques : du 19 au 22 août 2026, Aurillac, Auvergne-Rhône-Alpes. Informations et réservations sur le site du festival d’Aurillac.