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À Nantes, l’expo « Expression(s) décoloniale(s) » met en lumière les oublis et les partis pris de l’histoire officielle sur la colonisation

par Manon Falloux
3 juillet 2026
Expressions Decoloniales ©David-Gallard

Expressions Decoloniales ©David-Gallard

Jusqu’au 8 novembre 2026, le musée d’histoire de Nantes accueille la quatrième édition d’Expression(s) décoloniale(s), une exposition qui fait dialoguer vestiges de la traite négrière et œuvres contemporaines sur la colonisation, pour mettre en lumière les oublis et les partis pris de l’histoire officielle.

« Vous êtes dans un musée dont les collections ont été constituées par les descendants des acteurs de la traite. » Derrière les façades sculptées du Château des ducs de Bretagne, abritant le musée d’histoire de Nantes, difficile d’oublier que la Cité des Ducs fut, entre 1707 et 1793, le premier port français de traite des êtres humains. 

Au fil des salles nous font face un exemplaire du Code noir (officellement abrogé le 28 mai dernier), la maquette d’un navir négrier, ou encore les portraits de négociants esclavagistes. Mais aussi divers objets issus des territoires colonisés. En effet, les œuvres exposées proviennent en grande partie de l’ancien musée des Salorges, créé dans les années 1920 par les descendants des acteurs de la traite atlantique.

À l’occasion de la quatrième édition d’Expression(s) décoloniale(s), exposée jusqu’au 8 novembre, la commissaire Krystel Gualdé a invité deux artistes et une historienne, chacun·e engagé·e dans un travail de transmission des mémoires coloniales, à se saisir de cette terrible période. Ensemble, ils interrogent les récits portés par le musée et donnent une place à celles et ceux qui en ont longtemps été absents.

À lire aussi : Françoise Vergès, ou comment décoloniser les musées pour réinventer la société

Expressions-Decoloniales 4 ©David-Gallard
Expressions Decoloniales ©David Gallard

Le corps comme mémoire de l’esclavage

 

Un travail structuré autour de deux axes. Le premier vise à montrer les rapports de force économiques et sociaux inégaux dans lesquels les œuvres ont été produites et collectées. Le second redonne un visage aux personnes que l’histoire coloniale a effacées. L’artiste brésilienne Rosana Paulino travaille ainsi le dessin, la peinture, la sculpture et la vidéo pour rendre hommage aux esclaves afro-brésiliennes. 

Chez celle qui est aussi chercheuse – et première femme afro-brésilienne à obtenir un doctorat en arts visuels –  le corps devient une archive. Il porte les violences de la traite, mais aussi la mémoire des langues, des croyances et des savoir-faire transmis par ces femmes : sculpture d’une femme noire sans bras, courbée sous un bloc de bois, ou encore mèches de cheveux – les esclaves étaient tondues de force – associées à des prénoms féminins. 

 

Expressions-Decoloniales-4-©David-Gallard

Par ces œuvres, Rosana Paulino rend visible la réalité de la traite pour les femmes afro-brésiliennes. Elle leur redonne une identité et rappelle leur individualité, trop souvent effacée derrière leur seul statut d’esclave.

Déconstruire les récits dominants

 

Le Sénégalais Omar Victor Diop, lui, se met en scène à travers divers autoportraits. Dans Diaspora, il reprend des tableaux du XVe au XIXe siècle représentant des diplomates, savants ou militaires africains ayant réellement existé, et prend leur place sur la photo. Une deuxième série, Liberty, rejoue des photos des luttes des personnes noires à travers le monde, des révoltes anticoloniales aux marches contre les violences policières d’aujourd’hui. 

L’objectif, encore une fois, est de rendre leur individualité et leur agentivité a des personnes que l’histoire représente souvent comme une masse, ou ne représente pas du tout.

 

Expressions-Decoloniales-4-©David-Gallard

Quant à l’historienne béninoise Lylly Houngnihin, une dizaine de ses textes sont disposés à côté d’œuvres du parcours permanent. Elle pose ainsi d’autres questions, d’autres histoires, sur le même objet. Un exemple frappant est celui d’un anneau d’ivoire : le cartel du musée parle d’une « offrande » faite par un notable africain à un négrier européen. Mais, souligne l’historienne, que vaut une offrande faite dans un contexte de violence coloniale ?

À la sortie, le regard porté sur ces collections a changé. Expression(s) décoloniale(s) redonne une place aux vécus mis de côté, offrant une piste intéressante pour penser ce que pourrait être un musée qui se décolonise.

Tags : ArtDécolonialExposition

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